Aux Origines du Mal : Chapitre II
Par Patron, mercredi 31 mars 2010 à 00:04 :: LECTURES

MELMOTH - CHARLES ROBERT MATURIN - 1820.
L'INVERSION
- Si j'ai consenti, repris t-il, à travailler à leur œuvre obscure, à devenir un apprenti de Satan, à recevoir des leçons de torture, si j'ai décrit les souffrances qu'elles produisent, je n'en méprise pas moins toutes ces choses, les hommes tout autant que leurs œuvres. Leurs croyances sont fausses et n'aboutissent à rien. Un credo est nécessaire, dit-on ; le plus faux est le meilleur, car le mensonge du moins est flatteur. Le plus grand coupable peut être absous en espionnant un ennemi du ciel. Je deviens innocent en devenant le bourreau du délinquant que je trahis et dénonce ; dans le langage judiciaire des Anglais on appelle cela espion (king's evidence). On peut sauver sa vie en en sacrifiant une autre. C'est là un marché que chacun est disposé à conclure.
Chaque tison de votre bûcher sera en moins dans mon enfer; chaque goutte d'eau dont je vous prive, je la boirai dans le feu de soufre où je dois être précipité ; chaque larme que je fais couler, chaque gémissement qui s'exhale par mon fait sera diminué des miens. [...] Ma théologie est la meilleure. C'est une hostilité complète contre tous ceux dont les chagrins peuvent diminuer les miens. Vos crimes remplaçant mes vertus, je peux donc m'en passer. J'ai outragé la nature, mais vous avez offensé Dieu et l'Église. Vous êtes mon triomphe, ma vengeance. Je n'ai nul besoin de croire, vous souffrez, cela me suffit.
