Fluoglacial - Tendances Négatives

La Rue braquée sur le Temple.


La souffrance dans mon corps était terrible, le froid, la peur, la crainte, la haine, le manque... je voulais tous les tuer. Je n'étais qu'à quelques kilomètres de mon appartement quand j'ai dû grimper sur ce portail en fer forgé pour échapper à une voiture de police qui venait dans ma direction. Mais au moment de passer derrière cet obstacle, en me laissant retomber ma cuisse s'est empalée sur la pointe du portail, et je suis resté là, suspendu de cette façon dans le vide, la tête en bas.



C'est dans cet esprit que commence le témoignage autobiographique de René Philipps, ex-guitariste des NO FUCK BÉBÉ, gloire punk rock éphémère de Montbéliard dans les années 80. Chasse à l'homme dans les cités HLM de Peugeot, 3x8, défonce, et le rock comme seule échappatoire. LA ZONE. Le groupe n'avait rien enregistré à l'époque mais est resté célèbre pour leur passage dans l'émission LES ENFANTS DU ROCK en 1982. Plus que de la musique, une attitude. L'accent et le bagout de Jimmy (le batteur) made in le Doubs font carrément la différence.



Sur son CV il n'y avait qu'un mot d'écrit "Punk", et il avait la gueule de l'emploi. Si tu te trouvais à côté de lui dans sa Renault turbo, tu te chiais dessus tellement sa conduite était hard-core, toujours un litron entre les jambes, une main sur le volant et l'autre dans l'air comme s'il fouettait un cheval, la sono à fond et reprenant en chœur les standards des Ramones, qu'est ce qu'il m'a fait flipper. La première fois qu'il m'a présenté à sa mère il lui a dit : Maman ! Je t'amène un bougnoul, ça, c'était Chamex.



Le premier tiers du livre est donc fourni en anecdotes délicieuses (agrémentées de photos d'Alain Dister), dont leur rencontre rocambolesque avec La Souris Déglinguée et la crise de leur manager alors qu'ils gueulaient "On roule sans assurance, ça n'a pas d'importance" vu que c'était vrai ! Puis, la drogue et la violence emportant tout sur leurs passages, c'est le moment que choisit René pour se tourner vers la religion, à la fin des années 80. On suit alors le parcours initiatique d'un nouveau dévot du Christ, qui se libère difficilement de ses démons et réalise la rigidité de l'Église.



Avec le Christ tu n'auras aucune mauvaise surprise et ça je peux te l'affirmer.

Au fil d'extraits de psaumes, René le bac-5 tente de nous faire partager son amour pour Jésus à travers ses révélations et ses miracles. Bon c'est pas du Léon Bloy. Je ne m'attendais pas à ça, mais, même si certains passages sont pénibles voire risibles, ça prouve qu'il y a finalement un futur pour les no future ! Pour reprendre l'expérience similaire de Patrick Fontaine, ex-punk devenu pasteur. Sans nostalgie, sans étaler son passé, le punkotiste publie un livre salutaire en apportant sa vision de la chose, différente et inattendue.



Nous, nous voulions tout faire sauter, nous vivions dans nos ghettos HLM, ayant pour la plupart d'entre nous le même avenir que nos parents. Le travail à la chaîne dans l'industrie automobile, moi-même j'y travaillais déjà. [...] Payant le prix fort par nos vies, livrant notre jeunesse sacrifiée sur l'autel de cette idée nommée le "Punk". On nous surnommait quelques fois les Sex Pistols français, on commençait à être interdit de concert : scandales, provoc, bastons... [...] Les No Fuck incarnaient un état d'esprit, nous étions membres d'une bande d'individus, plus étendue au sens large du terme, nous formions un gang. Une tribu issu d'un territoire géographique qui était un no man's land dangereux pour ceux qui ne nous ressemblaient pas. [...] Nous faisions de la résistance, bien plus encore, c'était de la survie, notre combat rock. [...] La culture "Kpon" n'a fait que passer, mais a tout explosé devant elle. J'ai mis des années à m'en remettre mais je ne regrette rien.




MADE IN LA RUE

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Commentaires

1. Le mercredi 5 mai 2010 à 01:34, par Lucien

ça me fout quelques frissons. J'ai grandi par là-bas. J'y suis encore attaché, au propre comme au figuré.
La Peug'et son odeur d'huile et de pisse de chat...
On ne fuck toujours pas les Bébé mais on a toujours bien enculé les ouvriers...

2. Le jeudi 29 juillet 2010 à 10:45, par Ren's

Montbéliard branché à fond Underground, sur la Sono mondial, le son la bas est toujours bon, à par ça il n’y à rien à voir…
Alors un grand bonjour à tout les Aficionados et au empêcheur de tourné en rond et merci pour le post sur les No Fuck
Ren’s

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