L'ère du vide.
Par Patron, jeudi 29 septembre 2011 à 18:31 :: LECTURES

" L'age moderne était hanté par la production et la révolution, l'age post-moderne l'est par l'information et l'expression. On s'exprime, dit-on, dans le travail, par les «contacts», le sport, les loisirs, à telle enseigne qu'il n'est bientôt plus une seule activité qui ne soit affublée du label «culturel». Ce n'est même plus un discours idéologique, c'est une aspiration de masse dont le dernier avatar est l'extraordinaire foisonnement des radios libres. Nous sommes tous des disc-jockeys, des présentateurs et des animateurs: branchez la F.M., vous êtes pris par un flot de musiques, de propos hachés, d'interviews, de confidences, de «prises de parole» culturelles, régionales, locales, de quartier, d'école, de groupes restreints. Démocratisation sans précédent de la parole: chacun est incité à téléphoner au standard, chacun veut dire quelque chose à partir de son expérience intime, chacun peut devenir un speaker et être entendu. Mais il en va ici comme pour les graffiti sur les murs de l'école ou dans les innombrables groupes artistiques: plus ça s'exprime, plus il n'y a rien à dire, plus la subjectivité est sollicitée, plus l'effet est anonyme et vide.
"The modern age was haunted by the production and the revolution, the post-modern age is haunted by the information and the expression. One speaks, it's told, in work, by "contacts", sport, leisure, so much so soon that is no more activity decked out the "cultural" label. It is not even an ideological discourse, it is an aspiration of the mass which the latest incarnation is the extraordinary proliferation of independent radio stations. We are all DJs, presenters and facilitators: plug the FM, you are caught by a flood of music, chopped talking, interviews, confidences, cultural, regional, local, neighborhood, school, small groups speakings. Unprecedented democratization of the speech: everyone is encouraged to call the standard, everyone wants to say something from his intimate experience, each can become a speaker and be heard. But it is the same, as for the graffiti on the walls of the school or in the many artistic groups: the more you speak, the more you've got nothing to say, the more the subjectivity is sought, the more the effect is anonymous and empty.





