Il n'y a rien dans le journal.
Par Patron, dimanche 3 juin 2012 à 13:32 :: LECTURES :: #1259 :: rss

« Soumis à l'impératif de nouveauté les évènements ne se suivent pas mais se concurrencent; un jour ne suit pas l'autre, il le gomme et le supplante. Ce qui vient après, c'est ce qui vient à la place. Le tissu chronologique se déchire; l'actualité est un présent absolu sans héritage et sans avenir. Un fait passé est fini, ringard, comme on dit d'un champion déchu ou d'un vêtement démodé. Sous l'égide des médias, la mémoire et l'oubli échangent leurs prérogatives: l'oubli est une faculté, une bonne amnésie est exigée de tous les téléspectateurs, alors que la mémoire apparaît de plus en plus comme un archaïsme, le témoignage inutile d'une appréhension du monde désormais révolue. [...] L'effet des médias est avant tout un effet de lassitude, l'accoutumance l'emporte sur l'hypnose. Le public est fatigué: les nouvelles ne le sortent pas du quotidien; elles y font, au contraire, entrer les réalités les plus monstrueuses, en imprimant à celles-ci le tampon du déjà-vu.
L'homme moderne a souvent ce mot étrange: "Il n'y a rien dans le journal, aujourd'hui." Rien qui se détache, rien qui intéresse, rien qui retienne l'attention. [...] En tant que public, nous n'avons en effet qu'une exigence: celle du nouveau. [...] Mais justement, plus nous consommons d'images, et plus, face à l'actualité, nous avons tendance à faire la moue d'un enfant gâté qui a déjà cassé tous les jouets, et que presque rien n'étonne. »
Au coin de la rue, l'aventure, Pascal Bruckner & Alain Finkielkraut, 1979.

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