Fluoglacial - Tendances Négatives

THE COOL WORLD (1963)



Premier ghetto movie ou quoi ? Quand tu regardes ce doc/fiction de Shirley Clarke, t'as l'impression qu'il n'y a rien eu de plus vrai dans le style depuis (des films rap de la fin des 70's au gangsta des 90's). Film Noir de Noirs, Harlem dans les 60's, la zone totale. L'héroïne circule dans les poches d'enfants à un chiffre et personne ne peut plus stopper l'hémorragie. On ne voit pas un keuf jusqu'à la fin. Deux bandes se disputent le quartier, les Royal Pythons, dont Duke fait partie, et les Wolves, un gang plus expérimenté qui possède l'écusson sur le blouson, que les Pythons s'évertuent à déchirer à chaque toltshokage. Priest est le modèle de Duke, un semi-caïd qui passe son temps avec une blanche au lit. Il accepte de fourguer une arme au jeune pour 50 billets. Alors qu'un Python s'est mortellement fait amoché par les Wolves, le compte à rebours commence, avoir le glock au plus vite, pour se venger au plus vite.



Le refuge des âme perdues est un appartement abandonné par le père d'un des petits voyous. C'est là que Luanne, la pute que ramène Blood le camé, se donne à chacun des gars, et chacun doit verser sa cotisation quand il y passe ! L'adolescente n'a jamais vu l'océan et quand elle apprend qu'on peut y aller en metro, ses yeux se mettent à briller. Duke l'y emmène un dimanche, après-midi mélancolie à Coney, une scène indispensable à tout film new-yorkais. Mais la loi des rues refait vite surface (contrairement à Luanne qui elle s'est barrée) lorsque le violent et fatidique face à face avec les Wolves éclate. Gyrophares et plaies béantes, l'heure n'est plus au smurf dans le goulag. La philosophie de la jungle urbaine en direct, ponctuée par la sublime B.O. jazz de Dizzy Gillespie, tout ça est graveleux, crasseux et somptueux comme jamais.

LE TROU (1960)



Le film de prison ultime. Clint Eastwood peut rentrer à Alcatraz. Jacques Becker met en scène 4 compagnons de cellule, qui sont tous enfermés à la Santé pour un moment. Afin d'éviter de tourner chèvre, ils planifient une évasion, et quel plan ! Un trou est d'abord creusé à l'aide d'un bout de sommier, puis recouvert par les lattes du plancher, ce qui leur permet d'accéder au sous-sol de la zonze en toute sécurité. Les longues galeries les entrainent dans les égouts où ils entreprennent de creuser un tunnel. Chaque soir pendant des nuits et des nuits ils se relaieront deux par deux, avec des clés, outils et sablier confectionnés avec les moyens du bord, creuseront encore et encore. Tout ça en utilisant d'incroyables combines pour tromper la vigilance des gardes. La puissance de Michel Constantin en espadrilles et le cerveau de Jean Keraudy feront le reste.



Seulement dès le début de leur entreprise, un évènement va troubler la manœuvre. Un jeune condamné a été attribué dans leur 9m2. (Situation similaire à l'excellent UN CONDAMNÉ A MORT S'EST ÉCHAPPÉ de Bresson) Ils le mettent vite au parfum pour éviter de se retrouver dans la moutarde. Les rapports entre les murs vont ensuite se muscler. Le jeune bourgeois, coffré pour une tentative d'homicide sur sa femme, fait tache au milieu des prolos. Lorsque le directeur le convoque dans son bureau pour lui annoncer l'annulation de la plainte à son encontre, tout va devenir noisettes. Gaspard va t-il trahir ses frangibus de cellule ? Va t-il transcender l'esprit de classe ? Va t-il opter pour sa liberté et céder au chantage institutionnel ? Tu le sauras en allant au bout de cette œuvre sans précédent, aussi froide, austère et dure que le béton. Une histoire vraie signée José Giovanni.

TERRAIN VAGUE (1960)

Bal tragique à Saint-Germain-Des-Prés



LES TRICHEURS (1958)

Les 2 films dont je vais parler ici sont un témoignage de la jeunesse de la fin des années 50. Le génie réaliste de Marcel Carné fait face à la Nouvelle Vague naissante. L'existentialisme a infecté la jeunesse qui ne se nourrit désormais que de faux semblants et d'une idéologie de façade, une norme jeune pour éviter la norme de leurs parents. Êtres supposés supérieurs et détachés de toute réalité, ils s'adonnent au même jeu que les Liaisons Dangereuses. Négation de l'amour, refus d'assumer sa propre personnalité, refus de travailler, libertinage... Cette nouvelle philosophie est le terreau du vice. Mais Carné impose un rempart à la déviance, nous sommes déjà idéologiquement dans les années 60 alors que le personnage central, Bob Letellier (Jacques Charrier), représente encore cette figure droite et carrée des 50's. Étudiant de la rive droite, il va pénétrer l'univers de la rive gauche, où tout semble permis.



D'abord moqué pour ses origines bourgeoises, Bob trainait sur les Champs, Alain (Laurent Terzieff) va lui inculquer les rudiments de sa bande, prônant la liberté à tout prix. Mais une fille va s'en mêler, Mic (Pascale Petit). Bob va devoir apprendre le cynisme et l'immoralité pour espérer atteindre le cœur enfoui de cette fille. Au fil du film, on assiste aux changements d'après guerre. C'est bat. L'arrivée du be-bop qui déchaine les pistes de danse, les fêtes-saccage, le jazz, la cinéphilie, le mythe américain personnifié par James Dean, les scooters, la vitesse, toujours la vitesse, synonyme de pouvoir. Au milieu de cette vie à 100 à l'heure, il n'y a plus de place pour l'amour, et Bob va en faire les frais, Alain le bourreau au blouson noir ayant anéanti ses chances. Un violent jeu de la vérité, lors d'une sur'boum chez la riche et fatale Clo (Andréa Parisy), conclura cette aventure moderne, tragiquement. Tricheur !

LE CAFÉ
LA FÊTE





LES DRAGUEURS (1959)

Jean-Pierre Mocky, première ! En 59 déjà, Mocky s'astiquait le chinois sur la drague de rue dans sa première et excellente réalisation. Jacques Charrier (LE TRICHEUR) est un fin limier qui déambule dans Paris en vieille décapotable. Son activité principale : le hameçonnage. Oh c'est pas des choses qui s'apprennent, on a ça dans l'sang ! Il rencontre Joseph (Charles Aznavour) un après-midi sur les quais, qui est un petit employé poisseux qui drague le samedi dans l'espoir de trouver la femme de sa vie. Vaincu d'avance. Mais Freddy le seigneur va le prendre avec lui durant une escapade nocturne dont il se souviendra. Quand on drague on réfléchit pas, on fonce !



Fiancée, amoureuse, libre ? Le ballet nocturne nous entraine de Saint Sulpice à Montmartre en passant par les galeries du Lido lors d'une incroyable séance où tous les coups sont permis. Une seule règle : éviter la facilité. Les femmes sublimes de l'époque s'enchainent. De la rue aux petits troquets jusque dans une réception de bourgeois décadents (LES COUSINS) où Freddy jouera du poing. Tout ça après avoir semé des Suédoises saoules derrière le Sacré Cœur. Mocky le macho, déjà dans un style provocant, brutal et salement drôle, décortique la pratique, dans tous ses recoins, en faisant ressortir avant tout le monde le côté tragique, maladif et solitaire du prédateur. Une leçon !





LES COUSINS (1959)

Le 2ème film de Claude Chabrol est le pendant plus esthétique des TRICHEURS de Carné. C'est aussi la suite du BEAU SERGE dans lequel la situation était inversée. Maintenant, c'est au tour du provincial de monter à la Capitale. Charles (Gérard Blain) rejoint son cousin Paul (Jean-Claude Brialy) à St Germain. Présent pour ses études, être encore honnête et non perverti par la cité, Charles ne veut surtout pas décevoir sa mère, mais les projets de Paul sont tout autres. Fêtard magnifique, Paul est le leader d'une bande de jeunes fauves et de gazelles lubriques. Il va s'évertuer à dévergonder le cousin, naïf, qui va évidemment tomber en amour avec l'une des filles, Florence (Juliette Mayniel). Le quartier latin plongé aux cœurs des orgies orchestrées par un dandy Brialy complètement incroyable, ça vaut définitivement le détour :



C'est le début du culte de la fête sur lequel Antoine Blondin reviendra dans son classique Monsieur Jadis ou L'école du soir. Syndrome d'une génération hédoniste et déculturée décriée par le libraire du coin (Balzac ? Ils ne savent même plus ce que c'est ! Ils ne voient plus que par les polars !). Saint-Germain bidon bidon bidon chantait Lavilliers... Le couple est toujours l'ennemi absolu, le cynisme restant seul maître à bord. Malgré le tragique, il y a beaucoup d'humour, et de dialogues croustillants, contrairement aux futurs films grotesques de ses collègues de la Nouvelle Vague. La fin est un peu trop pompeuse mais ce film reste un superbe état de lieux de ces anciens fils à papa décadents, premiers branchés avant les minets (et les yéyés!), marquant un tournant dans le divertissement. La nuit était leur royaume, que sont-ils tous devenus ?

La Grâce des Voyous

Identité Nationale

Lino Ventura et l'Art contemporain


TARGETS (1968)



TARGETS are people... and you could be one of them! Trouvé sur un "coup de tête" résume parfaitement ce film a-ma-zant. Première réalisation d'un serbe appelé Peter Bogdanovich, et précurseur niveau sensations fortes dans l'Amérique troublée des années 60. C'est inspiré de l'histoire de Charles Whitman, un jeune garçon qui refroidit 18 de ses camarades de classe, perché en haut de son université d'Austin, Texas, deux ans plus tôt (voir aussi HIGHER LEARNING). Pour mettre du piment au scénario, deux histoires se racontent en parallèle avant l'entrechoquement final. D'abord, Byron Orlok (Boris Karloff), un vieil acteur d'horreur (dont la grosse tête a fait chialé femmes et enfants durant toutes les années folles) est lassé de ses films de série ZZZ qui n'effraient plus personne. La terreur actuelle n'a plus du tout le même visage. L'ex-Frankenstein joue son rôle, et en plus il est drôle.



Analoguement, Bobby Thompson (Tim O'Kelly) mène un quotidien américain au summum du banal. Ex-marine. Chasse avec papa. Prière avant repas. 9 à 5. Femme ingénue. Tout le monde vit sous le toit familial. Mais Bobby se sent partir. Il y une guerre dans sa tête. CHUTE LIBRE. Il décide d'acheter 300 cartouches sur le compte de papa, pour aller à la chasse aux cochons. Le lendemain matin, après la rédaction d'une lettre cruciale, il allume sa mère, suivie de sa femme et d'un coursier qui passait dans la cuisine, ballot pour lui. Puis, toute l'artillerie rassemblée il file se poster sur la tour d'une usine qui borde la voie express. Zdelededeï. Les automobilistes tombent comme des mouches. C'est quand même bien plus drôle qu'à la fête foraine. Mais on entend déjà les sirènes...



Bobby sème les moustaches et se retrouve au drive-in. Justement, Byron Orlok doit y faire ses adieux ce soir après la diffusion d'un de ses vieux classiques en plein air. Bobby se met tranquillement bien derrière la toile et attend que les lumières tombent. Et bim! L'allumage du plafonnier est fatal. Les pare-brises des spectateurs de transforment en flocons de neige. PANIQUE. La conclusion complètement oppressante est impeccable. Détonations, sirènes, klaxons, cris, bris... Bobby submergé par les flashs des cibles qui se rebellent ne fait plus la distinction entre les images du film et celles de Byron Orlok qui se dirige droit vers lui. Fini les conneries Bobby. Deux claques et à la zonzon. Un beau pied de nez final pour nous autres avides de tragique !

BLACKBOARD JUNGLE (1955)



Ce film est pionnier sur deux points. Pour commencer, c'est la première fois qu'un film avec une esthétique rock'n'roll, on peut pas vraiment parler de film rock non plus, sort au cinéma (REBEL WITHOUT A CAUSE avec James Dean, sortira quelques mois plus tard). Le titre qui retentit pendant le générique du début et de fin n'est autre que "Rock around the clock" de BILL HALEY & THE COMETS. Il parait d'ailleurs que le disque ne marchait pas du tout avant la sortie du film. Et puis, c'est une des premières fois aussi qu'une relation tourmentée professeur/élèves est mise en avant à l'écran. La société d'après guerre n'arrive plus à contrôler ces jeunes gamins des rues, insoumis et avides de violence. Leurs faits d'armes sont variés, tentative de viol à la bibli, passages à tabac de profs, cassage de 33 tours, envois de lettres anonymes ou encore incitations à la haine raciale! Ce ne sont plus des élèves mais de vrais loubards (ils arborent même de grands X au dos de leurs blousons, stresse).



C'est Richard Dadier (Glenn Ford et sa face de craie), le nouveau professeur d'anglais, qui réussira à canaliser ces fauves malgré ses sinistres et résignés collaborateurs. Le film perd en crédibilité du fait que les écoliers sont déjà des adultes (Sidney Poitier en tête, dans le rôle de meneur, où Vic Morrow dans le rôle du voyou psychopathe). Et ce sera toujours le cas ensuite dans les films qui traiteront du même sujet (STAND & DELIVER, LEAN ON ME, THE SUBSTITUTE, 187, etc.). Réalisé par Richard Brooks, celui là même qui a écrit le scénario de BRUTE FORCE pour Jules Dassin, autant dire que l'atmosphère est très pesante, noire et urbaine. Un prof qui croit en son métier et qui veut aller jusqu'au bout, quitte à tirer un trait sur sa vie privée. Des femmes terrorisées. Du verre brisé. Des blousons cintrés et des cheveux gominés. Bienvenue dans la jungle.



CLASSE TOUS RISQUES (1960)


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