Fluoglacial - Tendances Négatives

Burn Voguing Burn !


Le dégoût comme moteur



« Le cinéma tragique devient effectivement une institution favorisant le progrès moral. Les masses démoralisées par une vie soumise sans cesse aux pressions du système, dont le seul signe de civilisation est un comportement d'automate susceptible de rares sursauts de colère ou de rébellion, doivent être incitées à la discipline devant le spectacle de la vie inexorable et du comportement exemplaire des victimes. La civilisation a de tout temps contribué à dompter les instincts révolutionnaires aussi bien que les instincts barbares. La civilisation industrialisée fait quelque chose de plus. Elle montre les seules conditions dans lesquelles nous sommes autorisés à vivre cette vie impitoyable. L'individu doit utiliser le dégoût que lui inspirent les choses pour en faire de l'énergie qui lui permet de s'abandonner au pouvoir collectif dont il est dégoûté. Transposées au cinéma, les situations qui accablent constamment le spectateur dans la vie quotidienne le rassurent en lui promettant, on ne sait comment, qu'il continuera son petit bonhomme de chemin. Il suffit de rendre compte de sa propre nullité, de reconnaîte la défaite pour "être dans le coup". »

Kulturindustrie, Theodor W. Adorno & Max Horkheimer, 1944/2012.
(Picture: La Promesse, 1996)

FRANKENHOOKER (1990)



"A medical student sets out to recreate his decapitated fiancée by building her a new body made of Manhattan street hookers."

Pour les non-anglicistes, un étudiant en médecine (plutôt un scientifique de maison cher au cinéma de seconde zone), assiste à la mort affreuse de sa meuf, tuée par une tondeuse. Son combat: reconstituer le corps de sa fiancée dont il n'a gardé que la tête. Cette parodie de "Re-Animator", "Weird Science" et "Frankenstein" aurait pu être une sombre merde si elle avait été réalisée par un mec mauvais. Mais l'auteur de cet horror show n'est autre que Frank Henenlotter, patron des classiques "Basket Case" et "Brain Damage", à l'ambiance urbaine crade, malfamée et aux effets spéciaux inexistants. Cette quête du corps parfait nous propose une des meilleures scènes du genre: Jeffrey Franken conçoit un crack surpuissant qui fait exploser les prostitués et lui permet de récupérer leurs membres. Réflexion profonde sur les dérives de la chirurgie esthétique et l'abus de drogues dures... non je déconne. Après avoir croisé Rutger Hauer en t-shirt Batman et couru les boulevards de Manhattan infestés de junkies, le finish dégueulasse livré par Stuart Gordon ("Society") clôture le film le plus désaxé de Franky, élu meilleur divertissement des années 1990. Même Bill Murray le dit.

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Miseris & Malis



Les SLUG GUTS doivent en avoir marre de la soupe hippie de TAME IMPALA made in Perth. Ils écrasent leurs disques psychés et triangulaires au guidon de leurs motos de tourisme, et en chapeaux ronds bien que non bretons. A travers leur ville de Brisbane, les "tripes de limace" refont vivre la tradition rock australienne des BIRTHDAY PARTY ou RADIO BIRDMAN. Le blues du Smith & Wesson quoi. "Playin' in time with the deadbeat" est leur troisième album, après "Down on the meat" et "Howlin' gang", et déjà le deuxième sur Sacred Bones Records (toujours eux). Leur son ramène d'ailleurs le label, qui se perdait un peu dans le LSD, à la réalité de la rue. Le single "Stranglin' you too" et sa face B "Suckin' down" sont bien engagés contre les g, et contre la positivité béate de l'indie rock. Toutes les pistes se ressemblent un peu, sûrement dû au batteur de rockabilly qui tourne au ralenti, mais vu que c'est très bien ça ne pose aucun problème. Riffs de guitares sifflants, cuivres dévissés, voix de mec à l'agonie, paroles négativistes, la totalité très sombre est couronnée par une putain de reprise de "Order of death" de PIL, chanson jadis utilisée dans le film cyber-punk HARDWARE. Un disque pour les rocheurs, les vrais en noir, qui fument des clopes.





SLUG GUTS must be sick of the TAME IMPALA hippie soup made in Perth. They crush their psyche and triangular records under the wheels of their cruising bikes, with their round hats although they're not Britains. Through their hometown of Brisbane, the "slug guts" make a tribute to the Australian rock tradition of RADIO BIRDMAN or the BIRTHDAY PARTY. Smith & Wesson blues, you know what it's like. "Playin' in time with the deadbeat " is their third album, after "Down on the meat" and "Howlin' gang" and already the second one on Sacred Bones Records (always them). Anyway, their sound brings the label, which was a bit lost into LSD, to the reality of the streets. The single "Stranglin' you too" and its B-side "Suckin' down" are committed against the g's, and against the blissful positivity of indie rock. All tracks look the same, probably due to the rockabilly drummer, but because it's very good, there's no problem with that. Piping guitar riffs, screwed brass, dying voice, negativistic lyrics, all this condensed darkness is crowned by a fucking cover of "Order of Death" by PIL, a song used once in the cyber-punk movie HARDWARE. A record for rockers only, those who smoke fags.




Tout se recoupe puisque Jimi Kritzler, guitariste de SLUG GUTS, s'est allié avec Tara Green, une Berlinoise fan de Dogs In Space, pour un projet encore plus goth et désespéré (si c'était encore possible). WHITE HEX joue avec la mort et rappelle le déménagement à Berlin des natifs de Sydney, CRIME & THE CITY SOLUTION, au milieu des années 80. Sauf que eux louent une bat cave. Même proposition morbide, ultra lente, le côté garage effacé et le côté post-punk accentué. L'album de 6 titres est ironiquement appelé "Heat" et est sorti sur l'excellent label italien AVANT!. La guitare de Jimi, sans être Hendrix, fait encore toute la différence et élève cette voix de fille triste (qui sont priées au passage d'arrêter un peu d'inonder la scène) à un autre niveau que celui de sa chambre. Nous voilà enfin débarrassés de l'été, ouf !



Any is overlapping, Jimi Kritzler, SLUG GUTS' guitarist, has teamed up with Tara Green, a Berliner fan of Dogs In Space, for an even more goth and desperate project (if it was even possible). WHITE HEX plays with death and recalls the moving to Berlin of the old Sydney band, CRIME & THE CITY SOLUTION, when in the mid 80s. Sure they rent a bat cave. They share the same morbid proposition, ultra slow, cleared off the garage side and post-punk higlighted. The 6 tracks album is ironically called "Heat" and was released on the excellent Italian label AVANT!. Jimi's guitar, while not being Hendrix, still makes a difference and raise the sad girl voice (who are asked to stop starting a band each week) to another level. We have finally been released from summer, phew!

CULT OF YOUTH: Brooklyn #1



"Love will prevail" est le 3ème album de Cult Of Youth, et est tout bon comme d'hab.
J'en ai profité pour questionner Sean Ragon, l'homme de front du groupe, dans une entrevue à lire sur Gonzai.
Ca tombe bien puisqu'ils jouent à Paris mercredi soir et que vous pouvez gagner 2 places en répondant à cette unique question:

Mais quel âge a donc Douglas P. ?




Un cadavre agité



« Il semble que vers l'âge de l'adolescence, la vie intérieure du jeune être humain se trouve soudain aveulie, châtrée de son courage naturel. Sa pensée n'ose plus affronter la réalité ou le mystère en face, directement; elle se met à les regarder à travers les opinions des "grands", à travers les livres et les cours des professeurs. Il y a pourtant là une voix qui n'est pas tout à fait tuée, qui crie parfois, - chaque fois qu'un cahot de l'existence desserre le bâillon, - qui crie son interrogation, mais nous l'étouffons aussitôt. Ainsi, nous nous comprenons déjà un peu. Je puis vous dire, donc, que j'ai peur de la mort. Non pas de ce qu'on imagine de la mort, car cette peur est elle-même imaginaire. Non pas de ma mort dont la date sera consignée dans les registres de l'état civil. Mais cette mort que je subis à chaque instant, de la mort de cette voix qui, du fond de mon enfance, à moi aussi, interroge: "que suis-je?" et que tout, en nous et autour de nous, semble agencé pour étouffer encore et toujours. Quand cette voix ne parle pas - et elle ne parle pas souvent! - je suis une carcasse vide, un cadavre agité. J'ai peur qu'un jour elle ne se taise à jamais; ou qu'elle ne se réveille trop tard - comme dans votre histoire de mouches: quand on se réveille, on est mort. »

Le mont analogue, René Daumal, 1952.
(Illustration: Frans Masereel, 1952)

3 MOIS 3 MONTHS 3 MESES 3 MAANDEN 3 MONATOJ สามเดือน


THE BROTHER FROM ANOTHER PLANET (1984)



Quand ce film de John Sayles est sorti en France, il a été sous-titré "Le premier extra-terrestre noir et branché". Dur ! Et bien qu'étant nominé au festival du film d'humour de Chamrousse (Isère), le film est loin d'être un nanar comme on aurait pu l'imaginer. "Brother" est le 4ème film de John Sayles, devenu depuis une figure du cinéma indépendant américain en endossant plusieurs casquettes: acteur, écrivain (The Anarchists Convention, Pride of the Bimbos), scénariste (Piranhas, The Howling) mais surtout réalisateur, auteur de fresques sociales américaines comme Matewan (1987), l'excellent City of Hope (1991) ou le succès Lone Star (1996). John, réal décomplexé, mariage d'un physique massif et d'une mine patibulaire, réinvente le classicisme à sa façon et le commentaire critique qui va avec. "Brother" représente un peu le bilan de la première partie de sa carrière, jadis scénariste dans l'équipe de Roger Corman.

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Playlist #32: MOB JUSTICE



01 - RICK WAKEMAN - Sheer terror
02 - EMPIRE OF RATS - MMXII
03 - VULGAR DISPLAY - No God here
04 - FORESEEN - Paving the way
05 - BRUTALITY WILL PREVAIL - The path
06 - POWER TRIP - Suffer no fool
07 - AVALANCHE - Suns
08 - TURNSTILE - Figure it out
09 - WORLD WAR 4 - Can't take it
10 - THE RIVAL MOB - Boot party
11 - THE BOSTON STRANGLER - Locked inside
12 - REDFLESH - Raw war
13 - SLUG GUTS - Order of death

Devil's Creek breakdowns !

Comment multiplier les orgasmes ?




« Le savoir-vivre consiste désormais à savoir multiplier les orgasmes simultanés avec sa partenaire régulière: comment se comporter reste la question, mais la littérature du "how to?" a substitué les règles d'efficacité sexuelle aux anciens préceptes de mondanité. L'espace social en serait-il venu à se confondre avec l'espace domestique? La vie intime, en tous cas, se publie, tandis que la vie publique s'évapore.
Les médias assaillent donc les conjoints et leur tiennent deux langages: celui du test et celui de la recette. Aligné sur le modèle alimentaire, l'érotisme à deux se prépare, et se rate ou se réussit comme un gratin dauphinois; rabattu sur le modèle scolaire, le bonheur conjugal se passe comme on dit d'un examen. "Check-upez votre mariage", titrait un numéro récent de Cosmopolitain: le bonheur est une idée vieille en Europe; ce qui est neuf et même inouï, c'est qu'on ait besoin, pour l'éprouver, de la méditation d'un questionnaire. Répondez à ce test (établi, il va sans dire, par ordinateur), et nous vous dirons combien vous êtes heureux. Ainsi la félicité devient une donnée quantitative; ainsi, également, l'intime et l'instinctif dénouent leur identité traditionnelle: nous sommes aveugles à nos propres sensations, nous sommes incapables de répondre, seuls, à la question: "Comment allez-vous?" »

Au coin de la rue, l'aventure, Pascal Bruckner & Alain Finkielkraut, 1979.
(Picture: Lisztomania, 1975)