Fluoglacial - Tendances Négatives

UGC Illimité



COGAN (KILLING THEM SOFTLY), Andrew Dominik (2012)

"Une classe affolante"

Certains films sont aussi vite oubliés que vus. Cogan en fait partie. C'est pas nul pourtant, ni bon, ni mauvais. Andrew Dominik, le néo-zélandais, avait réalisé un film de tueur qui tuait il y a de ça 10 ans, ça s'appelait CHOPPER. Ici, Brad Pitt, soit-disant au climax de sa carrière, joue à Lorenzo Lamas et est l'élément rebelle au sein d'une organisation mafieuse qui bat de l'aile. Ça parle beaucoup, trop peut-être. Trop Tarantino. C'est le loserdome, comme en témoigne le gros Jame Gandolfi jadis nettoyeur, qui n'est plus capable de rien tirer à part des putes bon marché dans sa chambre d'hôtel. Et tout le long du film, quelque soit le lieu, ces téléviseurs allumés qui diffusent le bruit Obama. Il faudra attendre la dernière scène pour entendre la punchline tant attendue de Jackie Cogan, personnification du cauchemar américain, "America is not a country it's a business". Pas sûr que les spectateurs marchent.

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Words




The Friends of Eddie Coyle, Peter Yates, 1973.




The Laughing Policeman, Stuart Rosenberg, 1973.



Drive He Said, Jack Nicholson, 1971.

Fahrzeug !


Moche ?



« Si la laideur, comme la beauté, est sans âge, la mocheté, elle, est sans doute davantage datée. Du moins, le mot "moche" apparaît-il tardivement - en 1878 exactement selon le dictionnaire. Autrement dit, à l'époque, à peu près, où l'économie de marché commence à étendre son emprise sur toutes les dimensions de l'existence. D'où cette hypothèse: la nouvelle nuance de l'idée de laideur introduite par le mot 'moche' ne serait pas sans rapport avec l'émergence d'une société nouvelle, liée à la grande industrie et aux produits et modes de vie (et de misère) qu'en aval elle suscite. La grande ville par exemple, si elle est bien le lieu où peut surgir une beauté nouvelle, est aussi celui de la mocheté. Car soumise, du fait de l'exode rural, à la pression de milliers de vies toujours plus amochées, elle voit ses formes anciennes s'enlaidir de banlieues informes. Affaire à la fois éthique et esthétique - affaire esth/éthique, la mocheté serait ainsi l'envers de la mode et du chic propres à la modernité. [...]

Rien d'une certaine façon n'aura, au XXe siècle, échappé à ce devenir-moche, pas même la mort: "Le monde moderne, écrit Péguy, a réussi à avilir ce qu'il y a peut-être de plus difficile à avilir au monde, parce que c'est quelque chose qui a, en soi, comme dans sa texture, une sorte particulière de dignité, comme une incapacité singulière à être avili: il avilit la mort." Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un oeil sur ces désespérants funérariums qui aujourd'hui fleurissent au milieu des zones commerciale. Et ils sont d'autant plus emblématiques de la mocheté contemporaine qu'ils témoignent d'une dimension essentielle à notre "société de consolation": sa pitoyable volonté de tout présenter sous un emballage cosmétique. [...]

L'affaire, on le devine, n'est pas seulement esthétique (ni même éthique). Elle est d'abord économique et politique: les corps obèses et avachis, les visages affaissés, enlaidis, sont le produit de l'exposition à toutes les formes de l'exploitation et de la misère, matérielle comme symbolique. Silencieusement, ce qu'ils expriment en leur mocheté, c'est la réduction des existences à la simple survie. En ce sens, oui, on peut dire que le moche, l'informe, le non discipliné par des formes, est "dangereux pour la santé" - là où les formes, au contraire, sont un stimulant pour la vie; là où l'art, ce grand producteur de formes, est, selon le mot fameux de Nietzsche, "le grand stimulant de la vie". [...]

Or le moche est autre chose. Il fleurit, si l'on peut dire, hors du monde institué de l'art. Il règne là où c'est d'abord la culture de masse qui domine. En ce sens, il est parent du kitsch. Ou plutôt, il est au laid ce que le kitsch est au beau: sa prolifération bâtarde, minable, médiocre, pesante, monocorde. Il ne promet pas le bonheur (comme Stendhal le disait du beau): il promet, à coups de ronds-points et de zones commerciales, la médiocrité à perpétuité de vies vouées, par la "biopolitique" contemporaine, à la grisaille consumériste et l'hébétude télévisuelle.

Les contempteurs de l'âge "démocratique" (au sens de Tocqueville) y verront une fatalité, un destin, le taux de mocheté, diront-ils, ne peut que croître avec la massification et la mondialisation des formes de vie. Mieux vaut pourtant en appeler à la lutte: celle qui voit des sujets, toujours plus nombreux on l'espère, résister à la mocheté, travailler au "désamochage" (comme on parle de désamiantage) de leurs conditions d'existence, et s'emparer de leurs vies pour tâcher de les placer, chaque jour, sous le signe de la beauté. »

Jean-Claude Pinson, Moche de France, 2007.
(Picture: Europa City, 2022.)

Welcome to Fucktown !



SHYNE - You're welcome (Gangland)




RICK ROSS - High Definition (Rich forever)




CHIEF KEEF - I don't like (Finally rich)

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There's so many of us !



FEAR, The Record, 1982. (Slash)

Et les lyrics signés Lee Ving (New York est OK si tu aimes les saxophones, Bœuf Bolognaise, Chair fraiche, J'aime vivre dans la ville, Nique Noël, Faisons la guerre, ...).




FEAR, The Record, 2012. (The End)

Quel intérêt de réenregistrer son meilleur album en moins bien 30 ans après ?

Gardons plutôt en souvenir le feu sur le plateau du Saturday Night Live en 1981:



LA CHIESA (1989)



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ψυχρότητα



CANCER



« Qui, sauf cas de perversion mentale, peut s'infliger le supplice de lire deux cent cinquante pages de cette dégoulinade verbale ininterrompue? On a beau se raisonner, se forcer, penser que la littérature est parfois ardue, rien à faire. Tout sonne faux, depuis le début et la citation d'Anna Freud, les personnages genre rock underground, l'incipit. Ce pensum pour jobards en quête des signes extérieurs de génie n'est qu'une interminable démonstration du postulat de départ: attention, là c'est du littéraire, du saignant, du brutal, du sans concessions. Le plus navrant, dans ce cas, c'est que le présumé inouïsme de la chose (pour écrire comme Alphonse Allais) est en réalité prévisible point par point. Écrire, pour Mehdi Belhaj Kacem, c'est s'employer à faire signe qu'on est un grand écrivain, audacieux, moderne (c'est-à-dire à faire tout ce que l'écrivain populaire ne fait pas): absence de ponctuation, autocommentaire permanent, scatologie omniprésente (le grand écrivain est celui qui transcende les fonctions basses dans un lyrisme échevelé). Tout a une fonction très précise, dans cette fabrication. Le sexe, le vomi, le caca, c'est pour montrer qu'on ne triche pas, qu'on baigne dans le réel (mais qu'on en fait de la poésie). La syntaxe dépourvue de liens et de pauses, c'est pour montrer, de même, qu'on ne s'arrête pas à des vétilles et à des petitesses de réflexion, on ne coupe pas, on est en ligne directe avec l'inspiration, l'inconscient, tout le bazar. Bref, le bon vieux schéma de la littérature à l'épate.

Bien entendu, personne n'a pu lire ça. En revanche, ça s'est vendu. Le phénomène n'est pas si mystérieux qu'il en a l'air: en littérature on vend aussi de l'image. Un roman qui a pour sujet un musicien de rock devenu épave, roman intitulé Cancer, écrit à dix-sept ans, par un individu qui fait un regard mauvais sur une photo floue en quatrième de couverture, genre attention je ne rigole pas, un tel roman a tout pour plaire aux Inrockuptibles, engendrer de la copie, créer une légende. Peu importe, après tant de valeur ajoutée symbolique, qu'on le lise ou pas. »

La littérature sans estomac, Pierre Jourde, 2002.
(Picture: La Crise Du Logement, 1956)

CARBONE 14, LE FILM


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