Fluoglacial - Tendances Négatives

Lève-Toi et Rampe



AT DEVIL DIRT - Vulgo gratissimus auctor (DIY)

Les groupes de doom sont légèrement pénibles à chapitrer leur discographie, comme s'ils écrivaient un livre, comme s'ils avaient la prétention de croire qu'ils allaient débuter une œuvre, alors qu'ils vont évidemment splitter avant le chapitre III pour former un autre groupe en changeant un guitariste. Ceux-ci viennent du Chili et proposent un sludge pop avec un harmonica qui resplendit sur le premier titre, I am an ugly skin. Le son est aussi lourd et tordu que Goatsnake, Weedeater et tous ces trucs, et contraste avec le chant très light. Ça donne des morceaux très (révérend) bizarre comme Let it flow ou Peel. Original... D'une traite, l'album ressemble quand même à une longue flatulence de 47mn, mais la merde reste contenue.

AT DEVIL DIRT - I am an ugly skin

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Intro Resilience


VHS ÜBER ALLES: Dan Kinem & Josh Johnson



La culture VHS revient en force. Et l'on se demande bien pourquoi. C'est ce à quoi Dan Kinem (DK) et Josh Johnson (JJ) tentent de répondre dans deux documentaires, vraisemblablement disponibles aux alentours de l'apocalypse, se dénommant: ADJUST YOUR TRACKING et REWIND THIS! Gondry can suck it. Centrés sur la manie de la collection pour le premier et sur l'ascension puis la chute du format VHS pour le second, ces films vont au delà de la simple et béate nostalgie. Une discussion croisée avec des 'tape diggers' plus futés qu'ils n'y paraissent.

[MAIS AVANT: L'ARTICLE 'VENI VIDI VHS' EST À LIRE EN ENTIER DANS SPRAY#2.21]

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Champ de Bataille



« Contrairement à la démocratie politique réelle qui soumet le citoyen à la double assignation de l'identité d'état civil qui donne accès à l'anonymat du vote, dans la démocratie virtuelle, c'est l'anonymat du pseudo qui donne accès à l'expression publique du vote ou de l'opinion. Il s'agit d'une inversion des termes qui débouche sur un mode symétrique, en miroir. De ce point de vue, la blogosphère se présente comme le miroir inversé du monde réel, mais permet une ouverture large du champ de l'expression des opinions. On constate, sur les blogs, que tout le monde a des opinions sur tout et que le fait de ne rien connaître à un objet n'est pas un obstacle à l'expression de son point de vue sur lui.

Assignés par le système virtuel à se débrouiller seuls, sans règles et sans protections, avec leur propre liberté qui est souvent plus imposée que désirée, les blogueurs ont parfois recours à l’utilisation de plusieurs identifiants pour exprimer leurs contradictions et la diversité de leurs points de vue, tout en se dédouanant d’une certaine responsabilité quant aux propos qu’ils expriment. On se rapproche, dans certains cas, de l’utilisation d’un pseudo en période de guerre, la blogosphère apparaissant comme un champ de bataille. »

Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations de blogueurs, Léo Scheer, 2011.
(Picture: Flesh + Blood, 1985)

Evacuate !


NEGATIVE APPROACH


Icing People



BORGHESIA - Clones

Pour fêter la mort de Tito, Borghesia se forme à Ljubljana en 1982. Contrairement à leurs compatriotes yougoslaves, euh non slovènes, de Laibach, le groupe ne joue pas du tout d'EBM totalitaire à ses débuts, mais un mélange de funk blanc et d'electro ambiant. Ce deuxième album, jadis publié par Galerija ŠKUC Izdaja en 1984 est réédité par le label californien (oui, oui) DARK ENTRIES. Aurait-il quelque chose à voir avec le label hollandais créé 15 ans plus tard ? La modernité de leur son pourrait le faire croire. 11 titres qui commencent à fond (Pier 46) mais qui se perdent un peu trop dans les pensées atmosphériques dirigées vers des histoires d'amour secrètes et homosexuelles.

BORGHESIA - Pier 46

To celebrate Tito's death, Borghesia formed in Ljubljana in 1982. Unlike their fellow Yugoslav mates, uh no, Slovenian, Laibach, in the beginning the band didn't play totalitarian EBM at all, but a mixture of white funk and ambient electronics. This second album, formerly published by Galerija ŠKUC Izdaja in 1984 is reissued by the Californian (oh yeah) label DARK ENTRIES. Could 'Clones' have something to do with the Dutch label created 15 years later ? The modernity of their sound might suggest. 11 tracks that start madly (Pier 46) but lost a little led by atmospheric thoughts of secret and homosexual love stories.

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Theme for Alienation


GOD BLESS AMERICA (2011)



Bobcath Goldwaith est un acteur comique américain qui s'est fait connaître grâce au rôle de Zed qu'il incarnait dans les Police Academy. Après avoir joué dans plusieurs demi-classiques des années 80 (One Crazy Summer, Tapeheads, Scrooged), il passe la décennie suivante à la télé. Sans doute un peu déçu par l'accueil de son Shakes The Clown en 1991 (les enfants n'aiment pas les clowns alcooliques), il attend 15 ans pour se remettre derrière la caméra, et depuis World's Greatest Dad, il semble retrouver le chemin du succès. Ce film ne m'aide pas trop à comprendre comment. Avec ses références à Network ou Natural Born Killers, ça aurait pu marcher, mais son discours trop facile et faussement engagé (une simple farce aurait mieux fait l'affaire) ainsi que l'aura indé qui plane autour n'apporte aucun regard neuf sur la société.



Cette "dénonciation colorée de la société américaine" joue dans la surenchère non-stop, à la manière du dernier Todd Solondz, et ne vole finalement pas très haut, moins haut que le bébé que Joel Murray explose dans la première scène du film, qui aurait pu être signé Rodriguez ou Tarantino. Frank en a ras le cul de sa vie, et on peut le comprendre. D'autant que la bonhommie de Joel Murray, frère de Bill Murray en un peu plus gros, donne tout de suite envie d'être dans son camp. C'est plus fort que lui, il ne peut s'empêcher de regarder la télé (réalité ou pas) et en vient à avoir des envies de faire souffrir les gens à l'écran, tout le monde a déjà vécu ça. Frank ne veut pas envoyer PIG par sms pour avoir la sonnerie cochon péteur. Contrairement à Michael Douglas dans "Falling Down", aliéné par le système, décidé, habité, le duo vengeur va ici cruellement manquer de saveur (couilles ?). Frank va pourtant se débarrasser des gens qui l'emmerdent, indirectement ou directement, en s'encombrant de Roxy...



Roxy est une ado "qui s'en fout de crever". Frank la rencontre à la sortie d'un lycée, où il remplit son premier contrat avec Dieu: tuer l'infernale gosse de riche d'une émission qu'il a l'habitude de regarder. Si les monologues politiquement incorrects de Frank frôlaient le placement de slogans, emmagasinés depuis plusieurs années dans le carnet de Goldwaith, là ça empire. Quand Roxy lui apprend façon Wikipedia que Alice Cooper a inventé le rock et que le reste est pédé, même si l'on peut être que ok de voir Bowie taclé, la scène frise le ridicule. J'ai oublié de préciser que Frank, seul et divorcé, venait de perdre son emploi, que sa fille ne voulait plus le voir avant qu'il lui offre un smartphone et qu'on venait de lui diagnostiquer un cancer (évident non ?). Alors qu'est-ce qu'il en a à foutre d'Alice Cooper, franchement.



En fait, le film ne se veut pas crédible, même s'il possède un bon potentiel de départ. On le suit jusqu'à la salle de cinéma, où des jeunes qui ne respectent pas le silence se font flingués pendant la séance. Le tournant road-movie entre violence et émotion, on tire par la fenêtre sur les vilains manifestants extrémistes ou sur un présentateur de télé anti-féministe, ramène vite le film dans le politiquement correct et le déjà-vu. Tara Lynne Barr me rappelle en plus une version miniature de Florence Foresti, dur. Pour résumer, 3 ou 4 courts métrages auraient mieux fonctionné qu'un long métrage foireux. Le finish sur le plateau télé de American Superstar, fil rouge du scénario, ne fait même plus marrer, à l'image du rire en diagonal de Murray. L'apprenti-chanteur moqué par le world wide web et le jury de l'émission va casser les oreilles des téléspectateurs une dernière fois avant que Frank & Roxy l'allument, lui et le public. Ils meurent ensuite en martyrs dans la quête d'un monde moins médiocre. Ce n'est malheureusement ni Ted ni Bobcat qui vont nous en sortir.

La culture comme moyen



« Martin veut une carrière, pas une culture. Il se trouve que, dans son cas, la culture est un tremplin. S'il voulait être chimiste, ça ne lui servirait à rien. [...] Et pourquoi veut-il écrire? poursuivit-il. Parce qu'il ne roule pas sur l'or. Toi, pourquoi est ce que tu te farcis la tête de saxon et de culture générale? Parce que tu n'as pas besoin de faire ton chemin dans le monde. Ton père s'en occupe. Il t'achète des robes et tout ce qu'il te faut. A quoi nous sert notre éducation, la tienne, la mienne, celle d'Arthur et de Norman? On marine dans la culture générale et, si nos papas faisaient faillite aujourd'hui, on serait recalés demain à tous nos examens. »

"Martin's after career, not culture. It just happens that culture, in his case, is incidental to career. If he wanted to be a chemist, culture would be unnecessary." [...] "And why does Martin want to write?" he went on. "Because he isn't rolling in wealth. Why do you fill your head with Saxon and general culture? Because you don't have to make your way in the world. Your father sees to that. He buys your clothes for you, and all the rest. What rotten good is our education, yours and mine and Arthur's and Norman's? We're soaked in general culture, and if our daddies went broke to-day, we'd be falling down to- morrow on teachers' examinations."

Martin Eden, Jack London, 1909.
(Picture: Un Borghese Piccolo Piccolo, 1977)