Fluoglacial - Tendances Négatives

La Corvée du Délire !



« Moi, je n’ai pas le droit de me droguer. Je n’ai pas du tout envie de tricher. La drogue fausserait le jeu. La drogue, c’est encore aspirer à sortir, à forcer le délire, à se reposer un peu de soi, à s’absenter... Que pourrait-elle apporter à un être comme moi qui ne veut pas s’oublier justement ? Je n’ai pas besoin de fuir cette réalité: elle m’est déjà absente, refusée, interdite. Je n’ai jamais quitté le fond du gour: j’ai de la vase plein l’extase. Ça ne m’intéresse pas du tout de perdre des sensations avec la drogue, de louper ce qui se passe, de partir en fausse démence pour retomber ensuite: je n’ai pas d’endroit où retomber justement. Surtout ne jamais s’évader: rater un instant de la lucide misère que je transporte, quel péché ! Mortel ! Je veux dépendre de mon délire et non le commander, le payer à tempérament... Toutes les visions de drogués se ressemblent parce qu’ils veulent voir tous la même chose. C’est l’usine à visions ! Le psychédélique fonctionnariat ! La Corvée du Délire ! Non, pour moi la drogue serait malhonnête. Je ne veux pas imiter les grands dans ce qu’ils ont de plus petit. »

Au régal des vermines, Marc-Edouard Nabe, 1985.
(Picture: Kin-Dza-Dza!, 1986)

COSTES & SEBASTIaN : Noise R Us



Mai dernier, entre les deux tours des présidentielles, Costes et SebastiAn avaient préparé un attentat au Point Éphémère à l'occasion de la sortie du 'plus gros livre' écrit sur le bonhomme: "L'art brutal de Jean-Louis Costes", chieur d'une centaine d'albums, snuff movies, peintures et autres écrits corsés depuis 86. Le poète porno et le DJ touche française s'étaient déjà associés en 2008 mais leur présence en duo sur scène reste assez rare pour le signaler. Jacques Brel DIY vs. Vladimir Cosma 2.0 ? Peu importe, puisque seul l'amour compte, "c'est ça l'amour, enculer toujours" comme le chante Jean-Louis. J'ai posé quelques brèves questions aux deux lurons après ce concert dont vous ne saurez pas s'il était subversif ou subventionné. En avant l'anti-musique.

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Le swing des choses



« Et il paraît qu'il y en a qui s'emmerdent dans l'existence ! Qui se spleenifient!... J'ai vu tellement d'ennuyeux ennuyés qui se servaient de Baudelaire pour excuser leurs immenses trous d'air!... L'ennui est un effilochement psychique filandreux. Je suis l'antispleenétique typique. Je ne m'ennuie jamais parce que rien ne me paraît vide de sens. Tout mérite qu'on le haïsse et nous méritons de souffrir de tout. Le Grand Théâtre n'est jamais fermé. On peut y chialer encore. J'aime détester cette ignominie.

Jamais de ma vie je ne me suis ennuyé une seule seconde. Je ne me laisse pas souffler ainsi mon rôle. J'exècre à mort tous les radasseurs, les endivannés de l'Ennui. Ces feignasses vidées, fiers paons déchirés, oisifs éventails troués arborant un spleen du dimanche, un cafard pour rire au fond, un cafard pour les autres, une détresse de galerie. La plupart de ces paresseux cadavres trouvent dans le spleen le sceau de l'ange: on s'estampille d'art, c'est la coulure, ça a un certain cachet de se faire chier... Ils se trouvent artistes en bâillant, se targuent tels, se décochent la mâchoire en chefs-d’œuvre, ils roucoulent dans les illusoires muses vérolées que sont la Vanité du monde et l'Inintérêt pour tout ce qui existe. Quel aveu de jalousie totale ! Quelle crevure d'envie d'être passionné. Avoir la musique, voilà le péché qu'on ne vous pardonne pas. Si vous savez quoi faire de votre peau, je ne donne pas cher d'elle. Il faut s'emmerder dans la vie pour les autres ou périr sous leurs coups. »

Au régal des vermines, Marc-Edouard Nabe, 1985.
(Picture: Hans Holbein, 1538)

NABE, ROMAN.



28ème livre, concret comme cette couverture sans bavure. Je ne présente pas NABE (alias Alain Zanini) ni son derniers bras d'honneur aux éditeurs. Vous l'avez déjà vu ici. Rentrons directement dans la substance de ce livre expérimental. L'HOMME QUI ARRÊTA D'ÉCRIRE ou comment résumer l'aventure de 5 années en une semaine (l'aventure est même dans l'achat du livre). De lundi à dimanche, une sorte de recréation façon Dante ou de loge en loge, on aimerait encore plus plonger tous ces adulateurs dans un fleuve de merde. La comparaison au génie italien n'est pas fortuite, Jean-Phi le fameux bloggeur, qui aiguillera Marc-Édouard dans la nouvelle vie mondaine des années 2000, prend comme pseudo sur la toile le blase de Virgile. À travers la géographie de Paris capitale, les 700 pages chaudes et fulgurantes nous font revivre l'histoire des années 2000, notre histoire, avec le panache de celui pour qui tout est fini, et pour qui tout recommence...

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Domination Absolue



Nabe 2010 - L'Homme qui arrêta d'écrire

Morceaux Choisis, Marc-Édouard Nabe, 2006.



Quelques morceaux de l'œuvre corrosive de l'écrivain maudit, terroriste de la plume, tyran artistique et apôtre du jazz, parus dans un recueil présentant 20 années de littérature, d'Au Régal Des Vermines au 27ème Livre:


Un bon élève qui manifeste pour être encore meilleur est méprisable.

Écrire, c'est chier. Publier, c'est faire manger sa merde. Le destin d'un artiste, c'est de devenir un excrément de l'humanité.

Les femmes n'aiment pas les hommes, elles aiment les enfants qu'elles pourraient avoir des hommes.

C'est ton âme que je veux, et par derrière !

Pour tous ceux qui adorent Miles Davis, sa mort n'a aucune importance, l'important est qu'il soit né.

On mesure bien la morosité d'une civilisation à son gout sinistre pour la fête.


1984: LA PREMIÈRE APPARITION TV CHEZ POLAC

1986: LE SCANDALE FATAL CHEZ PIVOT


Aujourd'hui les gens sont morts, ils n'ont envie que de quelqu'un qui leur répercute leur morbidité, et avec le plus de mépris possible.

La culture, c'est la mort, c'est la société qui s'organise pour vider les œuvres d'art de leur substance.

Marx-Einstein-Freud, toute la merde est sortie de ces trois anus. La bombe, le complexe, le social: quoi rêver de mieux pour détruire un univers ?

Le travail ne suffisait pas, la société a réussi à inventer autre chose qui est le chômage - c'est-à-dire la soif du travail - pour faire encore mieux oublier à l'homme qu'il est tout seul devant le trou et qu'il va crever !