Fluoglacial - Tendances Négatives

Ils naquirent, vécurent heureux et moururent.



« C'est ainsi qu'une autre branche de notre littérature s'est éteinte heureusement pour notre race, car à l'époque où l'on écrivait tant sur des choses que personne ne pouvait éclaircir, les gens semblent avoir vécu dans un état perpétuel de contestations et de luttes. Une autre portion considérable de notre ancienne littérature consiste dans l'histoire des guerres et des révolutions de l'époque où les Ana vivaient en sociétés nombreuses et turbulentes, chacune cherchant à s'agrandir aux dépens de l'autre. Vous voyez combien notre vie est calme aujourd'hui; il y a des siècles que nous vivons ainsi. Nous n'avons aucun évènement à raconter. Que peut-on dire de nous, sinon: ils naquirent, vécurent heureux, et moururent ?

Quant à cette partie de la littérature qui naît de l'imagination et que nous appelons Glaubsila, ou familièrement Glaubs, les raisons de son déclin parmi nous sont faciles à découvrir. Nous voyons, en nous reportant à ces chefs-d’œuvre de la littérature que nous lisons tous encore avec plaisir, mais dont personne ne tolèrerait l'imitation, qu'ils sont consacrés à la peinture de passions que nous n'éprouvons plus, telles que l'ambition, la vengeance, l'amour illégitime, la soif de la gloire militaire, et ainsi de suite. Les vieux poètes vivaient dans une atmosphère imprégnée de ces passions et sentaient vivement ce qu'ils exprimaient avec tant d'éclat. Personne ne pourrait maintenant exprimer ces passions, car personne ne les ressent, et celui qui les exprimerait ne trouverait aucune sympathie chez ses lecteurs.

D'autre part, l'ancienne poésie se complaisait à étudier les mystérieuses bizarreries du cœur humain, qui mènent à l'extraordinaire dans le crime et le vice comme dans la vertu. Mais notre société s'est débarrassée de toutes les tentations qui pourraient entraîner à quelque crime ou à quelque vice saillant, et le niveau moral est si égal, qu'il n'y a même pas de vertus saillantes. Dès qu'elle ne peut plus se nourrir de passions fortes, de crimes terribles, de supériorités héroïques, la poésie est sinon condamnée à mourir de faim, du moins réduite à un maigre ordinaire. Il reste la poésie descriptive: la description des rochers, des arbres, des eaux, de la vie domestique, et nos jeunes Gy-ei mêlent beaucoup de ces fadeurs à leurs vers amoureux. »


Thus another part of literature has become also extinct, happily for our race; for in the time when so much was written on subjects which no one could determine, people seemed to live in a perpetual state of quarrel and contention. So, too, a vast part of our ancient literature consists of historical records of wars an revolutions during the times when the Ana lived in large and turbulent societies, each seeking aggrandisement at the expense of the other. You see our serene mode of life now; such it has been for ages. We have no events to chronicle. What more of us can be said than that, 'they were born, they were happy, they died?' Coming next to that part of literature which is more under the control of the imagination, such as what we call Glaubsila, or colloquially 'Glaubs,' and you call poetry, the reasons for its decline amongst us are abundantly obvious.

"We find, by referring to the great masterpieces in that department of literature which we all still read with pleasure, but of which none would tolerate imitations, that they consist in the portraiture of passions which we no longer experience—ambition, vengeance, unhallowed love, the thirst for warlike renown, and suchlike. The old poets lived in an atmosphere impregnated with these passions, and felt vividly what they expressed glowingly. No one can express such passions now, for no one can feel them, or meet with any sympathy in his readers if he did. Again, the old poetry has a main element in its dissection of those complex mysteries of human character which conduce to abnormal vices and crimes, or lead to signal and extraordinary virtues. But our society, having got rid of temptations to any prominent vices and crimes, has necessarily rendered the moral average so equal, that there are no very salient virtues. Without its ancient food of strong passions, vast crimes, heroic excellences, poetry therefore is, if not actually starved to death, reduced to a very meagre diet. There is still the poetry of description—description of rocks, and trees, and waters, and common household life; and our young Gy-ei weave much of this insipid kind of composition into their love verses."


The coming race, Edward Bulwer-Lytton, 1871.
(Illustration: Carel Willink, 1942)

"Êtes-vous heureux ?"



Lire la suite

Playlist #34: Coke Time



01 - THE BOX TOPS - Things go better with Coke (USA)
02 - THE FRENCHIES - Lola Cola (FRA)
03 - METAL URBAIN - Lady Coca-Cola (FRA)
04 - CARLA THOMAS - Things go better with Coke (USA)
05 - EDWIN BIRDSONG - Cola bottle baby (USA)
06 - LOST KIDS - Cola freaks (DEN)
07 - ROY ORBISON - Things go better with Coke (USA)
08 - SHAM 69 - King Kong drinks Coca-Cola (UK)
09 - SS-20 - Coke & Cola (FRA)
10 - JAN & DEAN - Things go better with Coke (USA)
11 - SHANKAR GANESH - Cola cola cola cola (IND)
12 - JFA - Coke and Snickers (USA)
13 - JERRY LEE LEWIS - It's the real thing (USA)
14 - B.G.K. - Have a Coke (and no trial) (NL)
15 - OUTO - I like Cola (JAP)
16 - FRANCIS BEBEY - The Coffee Cola song (CAM)

Joyeux Noël

Jingle Bells !


La Fin de Tout



"The End Of Passion, The End Of Belief, The End Of The World"

Quand nous sommes entrés dans la Guerre du Golfe - une bataille livrée autant pour les téléspectateurs que pour le territoire koweïtien - le Président George Herbert Bush nous a introduit au sein du Nouvel Ordre Mondial, l'euphémisme pour désigner l'État Supranational Corporatiste.

Dans le NWO, les ismes du passé sont jetés dans l'abîme du souvenir et reconfigurés en croyances criminelles.

Nationalisme ? Les corporations n'obéissent plus à aucune loi existante ou à quelconque frontière. On juge les opinions politiques en fonction de leur efficacité tels des circuits du commerce international. Le pays natal devient un Tiers-Monde balkanisé tandis que les héros sont maintenant représentés par des milliardaires comme Ted Turner ou George Soros, canonisés par les magazines de masse en raison de leur influence mondiale et de leur pouvoir.

Racisme ? Une valeur négative dans un monde où les sociétés se configurent elles-mêmes en missionnaires matérialistes parmi les nouvelles masses d'acheteurs multiculturels.

Dans l'ère du Novus Ordo Seclorum, seuls quelques pays Islamiques adhèrent à la religion de l'ancienne mode. Les pratiques du Nouvel Ordre Mondial sont colportés par des avatars numériques qui vendent la foi comme une méthode par laquelle les adeptes peuvent s'enrichir (voir Deepak Chopra, Créer de l'Affluence et Les Sept Lois Spirituelles du Succès). Ceux qui désespèrent dans leur quête d'un guide en qui croire souscrivent aux textes sacrés soutenus par les médias, peuplés d'anges, d'extraterrestres, ou d'extraterrestres angéliques. Dans un univers où tout est à vendre, le signe du dollar demeure l'unique indice de croyance. Plus nous collectons de $ derrière notre nom, plus nous gagnons de respect, voire même de dévotion.

Dans son roman 1984, George Orwell parlait de "Double langage", la langue d'état conçue pour inspirer la crainte en ôtant le sens ou en le travestissant. Dans l'État Supranational Corporatiste, le langage est devenu un outil par lequel sa vraie intention est déguisée ou reniée.

Des aphorismes issus du monde de l'entreprise comme "Just Do It!" - sont conçus pour ne pas être discutés, leur utilisation est commune et leurs connotations distrayantes. Le slogan doit encourager un comportement actif - comme extraire de l'argent de sa poche - et être immédiatement reconnaissable, un dispositif mnémotechnique qui imprime la conscience chaque fois qu'il est vu ou entendu, une litanie répétée à l'infini.

L'idéologie du Nouvel Ordre Mondial correspond au contrôle de l'esprit par le Double langage, à l'aide duquel les idées, les significations et croyances sont oubliées, négligées ou écrasées. Une idéologie privée d'idées ou d'idéaux qui se manifeste sournoisement à travers la culture – la Pop Culture.

Le triomphe du divertissement fournit une distraction importante issue du monde rusé des affaires. Des actualités réelles sont maintenant dépréciées par des ministres et présentées à la masse du grand public comme "paranoïa" et "théorie du complot."

Stars de cinéma. Sportifs célèbres. Assassins. Presse à scandales. La nuisance de la pop culture est si omniprésente et accablante qu'elle ôte aux masses la capacité de croire – et encore moins de penser - quoi que ce soit. L'incapacité de lire, de contempler, de réfléchir, est en fait une nouvelle épidémie connue sous le nom de dyslogie, une maladie causée par le surplus dévastateur d'informations.

Le système corporatiste supranational contrôle l'esprit de manière si totale que la majorité de ses serfs ne peuvent comprendre leur immersion totale à l'intérieur de ce système. Sa doctrine est diffusée par la routine du quotidien, elle malmène l'esprit à l'aide d'une confusion suractive de mots et d'images visant à priver l'esclave psychique de son instinct et de son réflexe défensif. Ou de ses croyances. Dépourvu du sens et du respect de soi, l'individu devient un placebo sur l'étalage sans fin des produits collectifs.

Le placebo du "divertissement" aide à étendre indéfiniment l'icône NWO du $ et rattache le qualitatif à son service. La police de l'art n'est pas requise dans un environnement qui convainc les masses que le $ est leur leader et leur unique déterminant comportemental et philosophique.

Quand Nietzsche annonçait la mort de Dieu, la critique d'art devint l'arbitre principal par qui la valeur de l'espèce humaine fut estimée. Il est maintenant évident que ceux qui sont habilités à juger l'art, ou à vendre l'art, promeuvent le stérile et le sans-âme comme moyens par lesquels le pouvoir peut être maintenu et l'argent peut être fait.





When we entered into the Gulf War --a battle fought for the minds of television viewers as much as for Kuwaiti territory-- President George Herbert Bush welcomed us to the New World Order, the euphemism for the Supranational Corporate State.

In the NWO, isms of the past are pitched into the memory hole and reconfigured as criminal beliefs.

Nationalism? Corporate cartels no longer observe existing law or boundary. Political views are judged for their efficiency as conduits of international trade. Native land becomes Balkanized third world territory while the native hero is represented by billionaires like Ted Turner or George Soros, who are canonized by mass magazines for their worldwide influence and power.

Racism? Negative value in a world in which corporations configure themselves as materialistic missionaries among new masses of multicultural buyers.

In the era of Novus Ordo Seclorum, only a few Islamic countries adhere to old-style religion. New World Order devotionals are hawked by digital avatars who sell faith as a method by which followers can enrich themselves (e.g. Deepak Chopra, Creating Affluence and The Seven Spiritual Laws of Success). Those who despair of locating a believable human shepherd subscribe to media-sponsored scriptures of angels, or aliens, or angelic aliens. In a universe where all is for sale, the dollar sign remains the sole remaining index of belief. The more dollar signs we collect behind our names the more we earn respect, even devotion.

In in the novel 1984, George Orwell wrote of "Doublespeak," the state language designed to inspire fear by the evasion and confusion of meaning. In the Supranational Corporate State, language has become a tool by which true intent is disguised or disavowed.

Corporate aphorisms-like "Just Do It!" --are devised to be unencumbered by common usage or distracting connotations. The tagline must encourage active behavior-such as extracting cash from one's pocket--and be instantly recognizable, a mnemonic device that imprints the conscious mind every time it hears or views the endlessly repeated mantra.

New World Order ideology is Doublespeak mind control, in which ideas, meaning and belief are forgotten, overlooked or overwhelmed. An ideology deprived of ideas or ideals is most deviously manifested through culture--Pop Culture.

The huzzah of entertainment provides important distraction from corporate subterfuge. Actual news stories are now written-off by ministers on the mass market payroll as "paranoia" and "conspiracy theory."

Movie stars. Sports stars. Murderers. Tabloid gossip. Pop culture noise is so ever-present and overwhelming that it removes the ability of the masses to believe--let alone think about--anything. The inability to read, to contemplate, to consider, is in fact a new epidemic known as dyslogia, a disease caused by the devastating overflow of information.

The supranational corporate system controls the mind so imposingly that nearly all its serfs are deprived of understanding their total immersion in the system. The doctrine is spread through trance of the everyday, battering the mind with a hyperkinetic confusion of words and images aimed at depriving the psychic slave of instinct and self-protection. Or belief. Without a sense of self and self-respect, the individual reaches for a placebo among the never-ending array of corporate products.

The placebo of "entertainment" helps to forever expand the NWO icon of the $ and tether the qualitative into its service. Art police are not required in an environment which convinces the masses that the $ is their leader and sole determinant of behavior and philosophy.

When Nietzsche announced the death of God, art criticism became the primary arbiter by which the value of the human species was judged. It is now obvious that those empowered to judge art, or sell art, promote the sterile and soulless as the means whereby power can be maintained and money can be made.



Adam Parfrey, End is Near!, 1998. (Illustrations: Norbert Kox, 2006/1991)

ENDANGERED SPECIES (1982)


Lire la suite

This is Forever



Après ICEAGE et WAR, le jeune Elias Bender Rønnenfelt a monté un nouveau groupe de rock. Ça s'appelle MARCHING CHURCH. En fait, ce projet existe depuis environ 3 ans, 3 titres figuraient sur la compile "Grå Fraktion" sorti en 2010 chez Posh Isolation, le label derrière la majorité des disques atteints de malfonction qui sortent du Danemark. La même année sort "At night", un premier maxi post-black metal encore plus bancal qu'un concert de Iceage, c'est dire. Non j'abuse un peu. Sur ce nouveau 4 titres, "Throughout the borders", notre petit chanteur à la croix de fer a compris que les pistes lentes lui réussissaient mieux. Les guitares se sont légèrement accordées, et le chant a gagné en clarté et hurle à la mort. Il a réécrit "Stang among" qui se transforme en un putain d'hymne de rock nordique (malgré un petit clin d’œil latin très étrange à la fin). Fini le "black metal indus" qui sert à rien, "All these arms" ressemble à de la oi! minimaliste et dépressive. Copenhague Violence ? Si les chansons de "New Brigade" marchaient, marchaient, à travers le pays, celles de Marching Church forcent les frontières. D'ailleurs, "Throughout the borders" est clairement le tube avec un refrain qui sonne comme une vieille guillotine rouillée. Un froid sec saisit la nuque. Le disque se clôture (en barbelé) par une ballade pop pour les filles, qui constituent désormais une partie non négligeable du public "post-punk". Iceage devrait d'ailleurs sortir un nouvel album au début de l'année 13.



After ICEAGE and WAR, young Elias Bender Rønnenfelt just set up a new rock band. It's called MARCHING CHURCH. In fact, this project has been around for 3 years, 3 tracks appeared on the compilation "Grå Fraktion" released in 2010 by Posh Isolation, the record house behind most bands that come with malfunction from Denmark. The same year, they released "At night", a first "post-black metal" seveninch, as wobbly as an Iceage show... No, I'm overstating. On this new 4 tracks 7", "Throughout The borders", our little singer with the iron cross realized that he's more kicking on slow tracks. The guitars are slightly granted, and the voice has gained clarity and is screaming to death. So he rewrote "Stang among" and turned it into a fucking Nordic rock anthem (despite a very strange latin note at the end). Gone is the "industrial black metal" stuff which was quite useless, "All these arms" is like minimalist and depressive oi! music. Copenhagen Violence ? "New brigade" songs were marching, marching, accross the land, but now, the Marching Church forces the borders. "Throughout the borders" which gives its name to the EP is clearly the hit song with its chorus that sounds like an old rusty knife. A dry cold grips the neck. The record closes without barbed wire but with a pop ballad for girls, who are now a significant part of the post-punk audience. Iceage should also release a new album in early year 13.



Le Roman Moderne



« Le système qui consiste à faire passer un produit pour de la littérature de qualité engendre une esthétique. Cela fonctionne sur un système de reconnaissance, de défamiliarisation limitée, de surprise prévisible. Plusieurs facteurs permettent au lecteur de se repérer. D'abord, le produit, quel qu'en soit le genre, doit s'appeler roman. Il semble acquis, dans les maisons d'édition, que la littérature, c'est le roman, c'est-à-dire une petite histoire, de préférence sentimentale, sans ambition excessive, dans laquelle s'agitent quelques leurres appelés «personnages». Dans ses Leçons américaines, Calvino dit que «la littérature ne peut vivre que si on lui assigne des objectifs démesurés». S'il a raison, elle agonise.

En second lieu, cette littérature «de qualité», qui fait les «coups» et les prix, adopte fréquemment des formes de représentation plus ou moins dérivées du réalisme qui triomphe dans la littérature de grande consommation, sous la forme flasque de la psychologie d'alcôve. Le même roman de divorces et d'adultères, à peu près, dont se régalaient déjà les petits-bourgeois de la Belle Époque. Les problèmes de couples inondent les librairies. Dan Franck a fait un malheur, il y a quelques années, avec La Séparation. On demande du jardin secret. Le roman exotique ou historique, autre réalisme abâtardi, exploite les inépuisables ressources offertes par l'Inde, l'Egypte ancienne, la marine à voile ou le Sud des États-Unis. Dans les deux cas, le réalisme se confond avec le folklore, collectif ou individuel. La personne, l'espace, le temps y sont considérés comme des réserves d'exotisme à exploiter. Le monde réel est un vaste parc d'attractions. Ce réalisme donne comme loi naturelle le mythe selon lequel un individu (ou une société) est un contenu, un fonds dans lequel il suffit à la littérature de puiser. Sartre appelait cela avec mépris «les corps simples de la psychologie». Le réalisme n'est pas réaliste. Le résultat est parfois distrayant, parfois navrant. Littérairement, cela donne quelque chose comme un éditorial de Elle ou un article de fond de Marie-Claire, plus le courrier du cœur et éventuellement l'article culturel: «Un week-end à Athènes», mais en deux cent cinquante pages.

Si, dans ce que l'on donne pour de la littérature plus novatrice, cette forme de représentation subit quelques distorsions, il apparaît néanmoins comme obligatoire que le récit, aussi fictif soit-il, paraisse plus ou moins «vécu», et donne ainsi une garantie d'authenticité. Il y a d'infinies variantes de la garantie d'authenticité: la confession sincère et brutale; le souvenir de famille; la sensation finement observée; la peinture des gens authentiques; le corps, le viscéral. Ainsi, le lecteur sait où il est, et peut se convaincre que l'auteur parle vrai. En outre, l'effacement contemporain des frontières entre roman et autobiographie, qui a donné naissance à des genres hybrides tels que l'«autofiction», favorise l'équivoque, et l'identification émotionnelle du récit à la personne de l'écrivain. Il est dès lors plus facile d'écouler le produit, quelle que soit sa qualité, en mettant en scène habilement l'auteur, en créant quelque scandale.

Une grande partie de la littérature d'aujourd'hui peut se ranger dans la catégorie «document humain». N'importe quoi est bon, suivant l'idéologie moderne de la transparence et de l'individualisme. Les confidences de M. Untel sont intéressantes par nature, parce que Untel est intéressant dans sa particularité. C'est l'idéologie des jeux télévisés, de la publicité, des reality show, de Loft story et des ouvrages d'Annie Ernaux. La plupart du temps, dans tous ces genres, le résultat est accablant, et sert pour l'essentiel à se rencogner dans le confort de la médiocrité, dans un narcissisme à petit feu, qui n'a pas même l'excuse de la démesure. Pour engendrer autre chose, la confession exige une stature humaine dont ceux qui la pratiquent sont fréquemment privés. Reste cette excuse de la médiocrité: la sincérité. »

La littérature sans estomac, Pierre Jourde, 2002.
(Picture: Chad Zumock & Alan Cox, 2012)

Hi dad !



RAZORBACK (1984)



Lire la suite