Fluoglacial - Tendances Négatives

L'insecte humain.



"Toute une école de publicistes et d'orateurs aveugles donne avec ivresse dans ces mensonges. Ils ont beau être français de naissance, et parfois s'en vanter, ils pensent les uns à la russe, les autres à l'allemande, d'autres encore à la romaine ou à la chinoise. Car ces gens-là croient penser. Ils invoquent leur conscience, comme si la conscience de la vermine importait en rien à l'être noble, qu'elle envahit et qui a résolu de s'en débarrasser. Et comme s'il était permis à une vermine qui ne sait rien, qui n'entend rien, qui n'a dans l'esprit que les raisons et les mouvements du gros intestin, comme s'il lui était permis, dis-je, d'avoir une conscience. On ne peut lui défendre d'en parler, mais on ne peut rien de plus pour elle."

"L'homme ne soutient qu'un instant, au long des siècles, l'effort de s'élever à quelque amour, à un semblant de charité; il faut toujours qu'il retombe dans le sang et la fange, qu'il torture son semblable, et qu'il le tue en se vantant d'être le plus fort, comme il torture les animaux et tue les bêtes innocentes. Et toujours pour manger, toujours pour servir le culte de son ventre. Qu'est-ce enfin que l'orgueil? une colique féroce des tripes, une diarrhée incoercible du gros intestin, celui qui s'enroule autour de l'amour propre. Se prenant dans toute l'horreur qu'il mérite d'inspirer, il serait assez juste que l'homme puissant usât de son pouvoir pour mettre fin à cette espèce si laide, si basse, si ennemie de son âme, si infidèle à Dieu. Les dictateurs et les souverains se donneraient un rôle assez noble et presque salutaire, s'ils pensaient à détruire le genre humain, en s'exécrant tous en lui, et chacun en l'exécrant en soi-même."

Vues sur l'Europe, André Suarès, 1936.
(Picture: Nuremberg, 1935)

Origine et Futur



Si habituellement nous tenons tant à l’observation des heures, c’est que nous ne sommes guère heureux, c’est que nous sommes trop souvent misérables. L’inspiration créatrice elle aussi ignore le temps numérique. C’est toujours la marque de l’irruption de l’éternité dans le temps, dont elle règle le cours. Tout ce qui n’est pas éternel, tout ce qui n’a pas l’éternité pour origine et pour fin est dépourvu de toute valeur et destiné à disparaître ; l’avenir lui réserve la mort, la fin dans le temps, par opposition à la fin du temps.

Deux problèmes tourmentent l’homme, qui sont également importants pour la compréhension de tous les autres : le problème de l’origine, de la source, du fondement, et le problème du futur, de l’issue, de la fin. Ils sont tous deux indissolublement liés au temps et attestent que le temps n’est pas autre chose que le destin intérieur de l’homme, dont l’aspect objectivé extérieurement n’est qu’une apparence.

C’est pour cela que le temps engendre la nostalgie et la tristesse du passé, la nostalgie et la tristesse de l’avenir. La crainte de l’avenir se prolonge dans la crainte de la mort, laquelle se prolonge en crainte de l’enfer. Mais c’est toujours une crainte provoquée par l’élément temporel de notre destinée, par l’absence de fin dans le temps, c’est-à-dire par la crainte d’une objectivation sans issue, sans fin.

Solitude, société et communauté, Nicolas Berdiaev, 1934.
(Picture: Beyond Love And Evil, 1971)

Coup de Grâce.



"On dit que l'Amérique est un pays voué aux extrêmes, et il est vrai que le thermomètre enregistre des degrés de froid qui sont pratiquement inconnus ici; mais le froid de Paris en hiver est un froid inconnu en Amérique, il est psychologique, il est intérieur aussi bien qu'extérieur. S'il ne gèle jamais ici, il n'y dégèle jamais non plus. Tout comme les gens ont appris à se protéger contre l'invasion de leur domicile privé par leurs hautes murailles, leurs verrous et leurs persiennes, leurs concierges grognons, crasseux et médisants, de même ils ont appris à se protéger contre le froid et l'ardeur d'un climat vigoureux et revigorant. Ils se sont fortifiés: le mot clé est: "protection". Protection et sécurité. Afin qu'ils puissent pourrir confortablement. Par une nuit d'hiver humide, il n'est pas nécessaire de regarder sur une carte pour découvrir la latitude de Paris. C'est une ville nordique, un avant-poste dressé sur un marécage jonché de crânes et d'ossements. Le long du boulevard, il y a une froide imitation électrique de la chaleur. Tout Va Bien en rayons ultra-violets, qui font ressembler les clients des cafés Dupont à des cadavres gangrenés. Tout Va Bien!"

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Explosion Pamphlétaire



"Les beaux esprits auxquels le prophétisme de Joseph De Maistre donne des nausées, et qui nous soutiennent gravement que l'animal humain a donné depuis longtemps la mesure de sa méchanceté, se préparent à d'étranges surprises. Au train où va le monde, lorsque des avions géants laisseront tomber comme une fleur la bombe de mille kilos, quand au premier glissement de l'aube, à travers les persiennes, les habitants de la tranquille petite sous-préfecture achèveront de vomir leurs poumons, en famille, dans les cuvettes écarlates, on dira de notre guerre, de notre fameuse dernière guerre : "C'était le bon temps !"

Et après la bombe d'une tonne ou deux, garçons! vous verrez bien autre chose, vous verrez pis. Vous saurez ce que c'est qu'une certaine Paix - non pas même celle qu'entrevoyait Lénine agonisant sur son lit de sangle, au fond de sa hideuse mansarde du Kremlin, un oeil ouvert, l'autre clos - mais celle qu'imagine, en ce moment peut-être, en croquant ses cacahuètes au sucre, quelque petit cireur de bottes yankee [...] le futur roi de l'Acier, du Caoutchouc, du Pétrole, le Trusteur des Trusts, le futur maître d'une planète standardisée, ce dieu que l'Univers attend, le dieu d'un univers sans Dieu."

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ZONE



ZONE 10 : La voyoucratie
"Orlando est un voleur, un vrai. Un margino indigène. Tant mal que bien il en survit de son coup de pince. Chourave pas pour chouraver, pas pour se masturber un fantasme de lutte des classes ou quelque chose dans ce style. Tomberas pas. S'il tombe, pour délit d'existentialisme mon pote... Il est simplement pas né du même côté de la morale - c'est tout. Y griffe les larfeuils, Orlando, comme d'autres vendent des avocats à la sauvette dans le métro. Parce qu'il faut aller voir demain dès ce soir, la semaine prochaine si ça marche un peu, le mois suivant si c'est Byzance... Ca craint féroce, le professionnalisme voyoucratique. Orlando sait qu'il est un animal nuisible et qu'il n'existe pas de ligue pour protéger son espèce. C'est vrai qu'elle est pas en voie de disparition!"


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L'homme-serpent.



"Ce pays est dur aux hommes, bien dur. Huit miles de leur sueur arrachés à la terre du Seigneur, là où le Seigneur lui-même leur avait dit de la faire couler. Dans ce monde de péché, les hommes honnêtes et travailleurs ne peuvent pas profiter. C'est ceux qui possèdent des magasins dans les villes qui, sans sueur, vivent de ceux qui suent. C'est pas le travailleur, le paysan. Des fois, je me demande pourquoi nous continuons. C'est à cause de la récompense qui nous attend là-haut, là où ils ne peuvent pas emmener leurs autos ni le reste. Tout le monde sera égal, là-haut, et le Seigneur prendra à ceux qui ont, pour donner à ceux qui n'ont pas. Mais ce n'est pas encore pour tout de suite, à ce que je crois. Ça n'est pas juste qu'un homme ait à gagner la récompense de sa bonne conduite en se bafouant, lui et ses morts."

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Parfaits comme des Machines.



"RÉJOUISSEZ- VOUS

car, à partir d’aujourd’hui, vous êtes parfaits. Jusqu’à ce jour, vos enfants, les machines, étaient plus parfaits que vous.
Chaque étincelle d’une dynamo est une étincelle de la raison pure, chaque mouvement du piston est un syllogisme irréprochable. La même raison infaillible n‘est-elle pas en vous ?
La philosophie des grues, des pompes et des presses est claire et finie comme un cercle. Votre philosophie est-elle moins circulaire ?
La beauté d’un mécanisme réside dans son rythme précis et toujours égal, pareil à celui d’une pendule. Mais vous, qui avez été nourris dès votre enfance du système Taylor, n’avez-vous pas la précision du pendule ?
Seulement, le mécanisme n’a pas d’imagination. Avez-vous jamais vu un sourire rêveur recouvrir le cylindre d’une pompe pendant son travail ? Avez-vous jamais entendu les grues soupirer et se plaindre pendant les heures destinées au repos ?

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Le Blog du Bunker



"Ça fait cinquante ans que j'en chie Cité Lenine, entre le Leader Price et le Bricorama. Les coups, les vols, les insultes. La peur, la honte... Pour moi, c'est fini le Auschwitz light, à quatre pattes en jogging rayé, entre deux rangs de waffen-racailles... L'heure de la révolte a sonné. Je me construis mon bunker et la contre-attaque va commencer... Mieux vaut mourir les armes à la main, que se faire flinguer connement pour une Playstation en panne ! Maintenant la Playstation, c'est moi qui joue dedans. C'est moi le super-héros qui mitraille les méchants dans les dédales de ciment. Je vais passer au lance-flammes ce putain de quartier !"

"Mais je sais pas pourquoi... Hier, j'écoutais France-Info.. J'ai entendu "bombe en Irak", et ça a fait boum dans ma tête. C'est comme si ma tête était la bombe. La haine est montée. Une putain de haine qui fait bander. Mais t'as pas envie de baiser, t'as envie de tuer. D'un coup, J'ai, à cinquante ans, le désir de défoncer un crâne, comme à douze ans j'avais celui de défoncer un cul. C'est vous dire la puissance du truc ! Comme je me suis branlé, dix fois par jour, va falloir que je tue !"

"Je me demande combien faut tuer de gens, et avec quel niveau de sadisme, pour qu'on te prenne au sérieux ? Tu fais le truc le plus crado de la terre, je sais pas moi... Par exemple, tu brûles une nana, les tétons, la chatte, l'anus, tout doucement, avec des petits bouts de PQ imbibés d'essence, pour qu'elle souffre un max... Et ben, une socialo se pointe à la télé pour te refuser l'auréole du Diable, et te traiter de pauvre petit bicot exploité ! Je comprends que la racaille ait la rage et fasse de la surenchère, si on reconnaît même pas ses crimes. En plus, y a la concurrence. Y aura toujours un plus méchant que toi qui fera pire. Ou bien Bush et Ben qui pètent les plombs, et tout le journal de 20 heures est pour eux, et rien sur toi. Et même si les médias parlent de toi, parce qu'il y avait rien d'autre comme gros crime ce jour là, ils te font passer pour un "forcené". Un taré quoi !"

Un bunker en banlieue, Jean-Louis Costes, 2008.

Détruire l'Art !



"L’envie, une envie furieuse, s’était emparée de Tchartkov. Dès qu’il voyait une œuvre marquée au sceau du talent, le fiel lui montait au visage, il grinçait des dents et la dévorait d’un œil de basilic. Le projet le plus satanique qu’homme ait jamais conçu germa en son âme, et bientôt il l’exécuta avec une ardeur effroyable. Il se mit à acheter tout ce que l’art produisait de plus achevé. Quand il avait payé très cher un tableau, il l’apportait précautionneusement chez lui et se jetait dessus comme un tigre pour le lacérer, le mettre en pièces, le piétiner en riant de plaisir.

Les grandes richesses qu’il avait amassées lui permettaient de satisfaire son infernale manie. Il ouvrit tous ses coffres, éventra tous ses sacs d’or. Jamais aucun monstre d’ignorance n’avait détruit autant de merveilles que ce féroce vengeur. Dès qu’il apparaissait à une vente publique, chacun désespérait de pouvoir acquérir la moindre œuvre d’art. Le ciel en courroux semblait avoir envoyé ce terrible fléau à l’univers dans le dessein de lui enlever toute beauté. Cette monstrueuse passion se reflétait en traits atroces sur son visage toujours empreint de fiel et de malédiction. Il semblait incarner l’épouvantable démon imaginé par Pouchkine. Sa bouche ne proférait que des paroles empoisonnées, que d’éternels anathèmes. Il faisait aux passants l’effet d’une harpie : du plus loin qu’ils l’apercevaient ses amis eux-mêmes évitaient une rencontre qui, à les entendre, eût empoisonné toute leur journée."

Le portrait, Nicolas Gogol, 1843.

Le Monde qui fait le Malin



"Aussitôt après nous commence le monde que nous avons nommé, que nous ne cesserons pas de nommer le monde moderne. Le monde qui fait le malin. Le monde des intelligents, des avancés, de ceux qui savent, de ceux à qui on n’en remontre pas, de ceux à qui on n’en fait pas accroire. Le monde de ceux à qui on n’a plus rien à apprendre. Le monde de ceux qui font le malin. Le monde de ceux qui ne sont pas des dupes, des imbéciles. Comme nous. C’est-à-dire : le monde de ceux qui ne croient à rien, pas même à l’athéisme, qui ne se dévouent, qui ne se sacrifient à rien. Exactement : le monde de ceux qui n’ont pas de mystique. Et qui s’en vantent.

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