Fluoglacial - Tendances Négatives

L'amour, la femme, le masochisme.



"Maintenant, je comprends que le Marquis de Sade était innocent. Le plus grand malheur qui puisse arriver à un homme, et ce n'est pas tant un désastre moral qu'un signe de vieillesse prématurée, c'est de prendre une femme au sérieux. La femme est un joujou. Tout être intellectuel - l'intelligence est un jeu, n'est-ce pas, un jeu désintéressé, c'est-à-dire divin - tout être intellectuel a le devoir de lui ouvrir le ventre pour voir ce qu'il y a dedans, et s'il y trouve un enfant, n'est-ce pas, ça c'est triché !"

Lire la suite

Ernest Hello nous toise d'en haut...



"Combien d'hommes sont insensibles à la Beauté, à l'Art et au Génie, et rêvent, au milieu des splendeurs, d'aller se rouler dans cette belle boue! L'immonde leur manque; ils ont la nostalgie de la fange. Aussi, des écrivains d'un incontestable génie comme, par exemple, en France, Victor Hugo et bien d'autres, hélas! ont-ils jugé bon de mettre beaucoup de boue dans leurs oeuvres, et de capter par là l'enthousiasme et la fidélité des viles multitudes. De Maistre, de Bonald, Hello n'ont pas mis de boue: ils ne seront jamais populaires. La foule les fuira; et ils ne seront fréquentés de siècle en siècle que par l'élite de l'esprit humain." Henri Lasserre.

Lire la suite

un Fataliste



"J'étais prêt à aimer le monde entier; personne ne me comprenait et j'appris à haïr. Ma jeunesse incolore s'épuisa dans mes luttes contre moi-même et contre le monde entier. Craignant les railleries, j'enterrai au fond de mon cœur mes meilleurs sentiments : ils y sont morts. Je disais la vérité et on ne me croyait pas; alors je me mis à mentir. Ayant appris à bien connaitre le monde et tous ses ressorts, je devins habile dans l'art de la vie, mais je voyais les autres heureux sans art aucun, profitant gratuitement de ces avantages pour lesquels je combattais sans cesse. Et alors le désespoir envahit mon âme; non pas ce désespoir auquel remédie le canon d'un pistolet, mais ce désespoir glacé, impuissant, que masquent l'amabilité et le sourire agréable. Je devins un malade moral : toute une moité de mon âme n'existait plus; elle s'était desséchée, elle était morte; je la coupai, je la jetai."

Lire la suite

SOS Nazisme



Traiter le passé comme actuel et l’actuel comme passé me semble une mauvaise manière de préparer l’avenir. Notre vigilance à l’égard du passé nazi a plusieurs fonctions. L’une, indispensable, est de ne pas laisser s’en estomper le souvenir ni s’en perdre la leçon. Une autre est le contraire : elle est d’en refouler certains aspects, faute de pouvoir les avouer ou les assumer. Une troisième fonction enfin, et c’est en pratique la plus importante, est de les revivre au présent sur le mode imaginaire et artificiellement héroïque, de conserver au nazisme un statut de danger actuel, d’y rattacher toutes sortes de phénomènes du monde contemporain, de manière à entretenir le mythe qu’il existe encore dans l’humanité de cette fin du XXème siècle et vraisemblablement pour longtemps non pas un seul mais deux totalitarismes de poids sensiblement égal.

Lire la suite

Plutôt la mort que la souillure !



"Jean marchait ; les clichés du media d'État repassaient dans sa tête, et il savait que le matériau du spectacle, c'était des hommes, c'était des femmes, dont on avait volé la substance pour la réduire à des images.
Sur le grand boulevard, Jean s'arrêta devant un kiosque à journaux. Les mêmes photos toujours, guerres, politiciens, cataclysmes, meurtres et en prime, blafardes, d'innombrables revues de cul proposant des putes dénudées en quadrichromie, seins aguicheurs, fesses racoleuses, désormais concurrencées par les revues pédés avec culturistes en slip de cuir noir à la une. "Achetez et branlez-vous!" criait la section imprimée de la civilisation de l'image ; Jean se détourna et reprit sa marche, accompagné de toujours plus d'images, images de film, de télé, de papier, images sonores des radios, images des magazines au texte écrasé par le graphisme lus à Beaubourg, images des bédés-pour-adultes - sexe et violence - parcourues au Bazar de la culture assis par terre le dos à un comptoir, et des romans américains où chaque ligne se voulait une image... Dans ce flot ininterrompu d'images que le monde crachait sur lui, jamais Jean ne trouvait une pensée, une réflexion, ni la marque de ce qu'avait été l'homme jadis, jadis - peut-être.
À ce flot ne pouvait s'opposer qu'un mot - détruire, et ce verbe avait pour Jean un goût de serment.

Place de la Bourse, devant le sanctuaire clos de la spéculation, Jean vit de nouveau des pigeons mutilés. Dans l'exaltation de sa marche, il rendit conquérante la gangrène, la lança à l'attaque des compagnons choyés des citadins, ces tristes fauves domestiqués pour une assiettée de pâtée usinée, et licenciés sans indemnité au 31 juillet... Sur les chaussées, des chats rampaient sur des trognons de pattes purulents, des chiens gisaient sur le flanc, le ventre hideusement ouvert pour qu'y festoyât la vermine, puis le mal gagnait l'arrogant animal supérieur. Enfin, l'Homme occidental voyait, sentait, humait son corps réduit à une abjecte sanie qui n'était que le reflet fidèle de ses actes, enfin, l'Homme était dévoré par le maître qu'il avait engendré, lien unique des images qui obsédaient Jean, axe suprême de la Civilisation, dont les noms multiples étaient pourriture, corruption, décomposition - mais qui toujours s'épelait : société.
Jean sourit. Tous étaient condamnés, et lui-même n'échapperait pas. Il n'était pas innocent. Personne n'était innocent. Personne ne serait sauvé.

"Il est vrai que l'anarchie m'a tenté, elle a l'attrait d'un paradis perdu, mais je dois la rejeter, elle n'est qu'une utopie... Et je ne peux pas plus accepter une société qui écrase les humbles et exalte les débrouillards les plus cyniques, une société qui a établi un modèle de citoyen et étouffe tout individu qui ose penser différemment... Et il est interdit de vivre seul, vous nous poursuivez de vos lois, de votre conformisme, de votre autorité, il n'existe nul endroit où se cacher...
"Mais votre crime est plus grand encore... Cet ordre que vous nous imposez, si au moins il reposait sur une conviction, une volonté, un espoir - mais vous ne croyez en rien, vous ne connaissez d'autre fin que perpétuer vos misérables existences, avec son cortège de privilèges risibles et de malversations grossières. Il n'y a rien en vous qui vous dépasse et pourrait élever ceux que vos dominez, vous n'êtes que mensonge, médiocrité, bassesse - où aurais-je pu trouver la force de ne pas vous haïr ?"

Je vous hais, Michel Desgranges, 1999.

Guerrier du Rêve, Jean-Paul Bourre, 2003.



"Le scoutisme fut vite oublié, dépassé par la rapidité d'enchaînement des évènements. Je tourne les pages du magazine Paris Match, assis sur le canapé du salon. Dans le bouillon de l'actualité certains signes surnagent, flammes vives, comme des signaux d'urgence. La mort de James Dean, les concerts tumultueux d'Elvis, le phénomène social des "blousons noirs", chez nous, en France. Il y avait là une nourriture émotionnelle très forte, un amplificateur de sensations. Basculer ou ne pas basculer dans cette fosse aux serpents ?"

Années 50. Jean-Paul Bourre, alors adolescent dans la mystique commune d'Issoire en Auvergne, bascule pleinement dans la fosse aux serpents du rock'n'roll. Elvis De Lautréamont, Comte de Presley, la poésie rock s'enfourne dans les tripes du petit Jean-Paul qui rêve d'aventure et de westerns. En attendant la révolution, il rencontre les durs du bassin minier, commence à palper la carcasse des motocyclettes et puis celle des filles, avec un succès mesuré !

Lire la suite

D'où vient la puissance de ces lieux ?

hebergeur d image

"Il est des lieux qui tirent l'âme de sa léthargie, des lieux enveloppés, baignés de mystère, élus de toute éternité pour être le siège de l'émotion religieuse. L'étroite prairie de Lourdes, entre un rocher et son gave rapide; la plage mélancolique d'où les Saintes Maries nous orientent vers La Sainte-Baume; l'abrupt rocher de la Sainte-Victoire tout baigné d'horreur dantesque, quand on l'aborde par le vallon aux terres sanglantes; l'héroïque Yézelay, en Bourgogne; le Puy-de-Dôme; les grottes des Eyzies, où l'on révère les premières traces de l'humanité; la lande de Carnac, qui parmi les bruyères et les ajoncs dresse ses pierres inexpliquées; la forêt de Brocéliande, pleine de rumeur et de feux follets, où Merlin par les jours d'orage gémit encore dans sa fontaine;

Lire la suite

NABE, ROMAN.



28ème livre, concret comme cette couverture sans bavure. Je ne présente pas NABE (alias Alain Zanini) ni son derniers bras d'honneur aux éditeurs. Vous l'avez déjà vu ici. Rentrons directement dans la substance de ce livre expérimental. L'HOMME QUI ARRÊTA D'ÉCRIRE ou comment résumer l'aventure de 5 années en une semaine (l'aventure est même dans l'achat du livre). De lundi à dimanche, une sorte de recréation façon Dante ou de loge en loge, on aimerait encore plus plonger tous ces adulateurs dans un fleuve de merde. La comparaison au génie italien n'est pas fortuite, Jean-Phi le fameux bloggeur, qui aiguillera Marc-Édouard dans la nouvelle vie mondaine des années 2000, prend comme pseudo sur la toile le blase de Virgile. À travers la géographie de Paris capitale, les 700 pages chaudes et fulgurantes nous font revivre l'histoire des années 2000, notre histoire, avec le panache de celui pour qui tout est fini, et pour qui tout recommence...

Lire la suite

Le Dépucelage de Céline

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit

C'est elle qui me maltraite, qui me tarabuste... Je glisse moi dans la marmelade... J'ose pas trop renifler... J'ai peur de lui faire du mal... Elle se secoue comme un prunier... "Mords un peu, mon chien joli!... Mords dedans! Va!" qu'elle me stimule... Elle s'en fout des crampes de ruer! Elle pousse des petits cris-cris... Ca cocotte la merde et l'oeuf dans le fond, là où je plonge... Je suis étranglé par mon col... le celluloïd... Elle me tire des décombres... Je remonte au jour... J'ai comme un enduit sur les châsses, je suis visqueux jusqu'aux sourcils... "Va! déshabille-toi! qu'elle me commande, enlève-moi tout ça! que je vois ton beau corps mignon! Vite! Vite! Tu vas voir, mon petit coquin! T'es donc puceau? Dis, mon trésor? Tu vas voir comme je vais bien t'aimer!... Oh! le gros petit dégueulasse... il regardera plus par les trous!..."

Lire la suite

Ni Héroïsme, Ni Noblesse

Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit

La civilisation n'a pas le moindre besoin de noblesse ou d'héroïsme. Ces choses-là sont des symptômes d'incapacité politique. Dans une société convenablement organisée comme la nôtre, personne n'a l'occasion d'être noble ou héroïque. Il faut que les conditions deviennent foncièrement instables avant qu'une telle occasion puisse se présenter. Là où il y a des guerres, là où il y a des tentations auxquelles on doit résister, des objets d'amour pour lesquels il faut combattre ou qu'il faut défendre, là, manifestement, la noblesse et l'héroïsme ont un sens. Mais il n'y a pas de guerres, de nos jours. On prend le plus grand soin de vous empêcher d'aimer exagérément qui que ce soit. Il n'y a rien qui ressemble à un serment de fidélité multiple; vous êtes conditionné de telle sorte que vous ne pouvez vous empêcher de faire ce que vous avez à faire.

Et ce que vous avez à faire est, dans l'ensemble, si agréable, on laisse leur libre jeu à un si grand nombre de vos impulsions naturelles, qu'il n'y a véritablement pas de tentations auxquelles il faille résister. Et si jamais, par quelque malchance, il se produisait d'une façon ou d'une autre quelque chose de désagréable, eh bien, il y a toujours le soma qui vous permet de prendre un congé, de vous évader de la réalité. Et il y a toujours le soma pour calmer votre colère, pour vous réconcilier avec vos ennemis, pour vous rendre patient et vous aider à supporter les ennuis. Autrefois, on ne pouvait accomplir ces choses-là qu'en faisant un gros effort et après des années d'entraînement moral pénible. A présent, on avale deux ou trois comprimés d'un demi-gramme, et voilà. Tout le monde peut être vertueux, à présent. On peut porter sur soi, en flacon, au moins la moitié de sa moralité. Le christianisme sans larmes, voilà ce qu'est le soma.

Brave New World, Aldous Huxley, 1932.